Dans leur squat “indigne”, les “Baras” de Montreuil se préparent à l’expulsion

Depuis sa création en 1968, le lieu était devenu bien plus qu’un établissement social où il était possible de louer un lit à moindres frais dans un dortoir bondé. Bara, l’un des plus vieux foyers de la ville, était le symbole de ces générations de travailleurs maliens qui s’y sont succédé pendant un demi-siècle. Sa fermeture a conduit plusieurs centaines de “Baras” dans un hangar dont ils seront bientôt expulsés… 

article par l’AFP, publié sur le site lepoint.fr, le 27 02 2021

Lassana Camara regarde autour de lui, dans le hangar insalubre de la banlieue parisienne qu’il squatte avec 250 autres sans-papiers, essentiellement Maliens. Un enchevêtrement de lits superposés, l’odeur du repas préparé à même le sol. Sa voix s’enroue: “On vit comme des chiens !”

Le Malien de 36 ans et ses compagnons d’infortune se préparent à une nouvelle épreuve, deux ans après avoir quitté l’emblématique foyer Bara, dans la même ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Vendredi, le tribunal de proximité a ordonné l’expulsion, dans un délai de neuf mois, des occupants de ce local, investi fin 2019 par une partie des anciens “Baras” qui n’ont pas été relogés, car en situation irrégulière, après le démantèlement du premier foyer de travailleurs maliens, né en 1968.

Après plus d’un an dans ce lieu transpercé par la pluie et le froid, rafistolé çà et là avec des bouts de cartons, où 250 à 300 personnes se partagent six toilettes et douches installées à l’extérieur, sans eau chaude et souvent sans électricité, Lassana Camara craint de retrouver la rue.

On n’a pas le choix. Pourtant, tout ce dont on a besoin, c’est de papiers. Sans ça, pas de travail, pas de salaire, impossible de payer notre propre loyer“, explique-t-il à l’AFP, devant un frigo sur lequel est inscrit au feutre rouge “Merci de ne tousser !”.

Un lavabo
On ne mérite pas ça, on est des êtres humains. Un seul lavabo pour tout le monde… Ici on nous maintient juste en vie. Mais si on nous demande de partir, on va lutter pour nos droits“, abonde Kandé Touré, 44 ans, un responsable de l’association “Les Baras du 138 Montreuil”.

Au vu des conditions de vie dans ce hangar, où les lits à quelques centimètres les uns des autres sont recouverts de couches de vêtements et de sacs, “il faut qu’ils soient expulsés, ça ne doit pas durer plus longtemps”, convient Florent Guéguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS).