La communauté asiatique en a marre de fermer sa gueule

Autant de clichés et réflexions qui se retrouvent dans l’espace public, comme en témoignent nos interlocuteurs : « Des étrangers me disent Ni Hao dans la rue » – « on me répond avec un fake accent chinois » – « On me demande “combien tu prends” en pleine rue comme si j’étais une prostituée » – « on me complimente régulièrement parce que je parle super bien et sans accent pour une asiatique » – « on me balance des “rentre chez toi” » – « la blague “pas de sushi” est devenue classique »

« Devant ces agressions, il ne faut pas rester passif », répète inlassablement Sacha Lin, pionnier du militantisme asiatique. Il a intenté, avec l’AJCF en 2012, l’un des premiers procès pour diffamation contre l’hebdomadaire Le Point : « On s’est dit ‘cet article est attaquable juridiquement, alors on y va!’ ». Le papier, intitulé L’intrigante réussite de la communauté chinoise de France, joue sur « la peur du péril jaune ». Y sont listés, notamment, « Les 5 commandements de l’entrepreneur chinois » :

1. Tu travailleras 80 heures par semaine.

2. Tu dormiras dans ta boutique ou ton restaurant.

3. Tu ne rémunèreras pas tes employées car ce sont les membres de ta famille.

4. Tu ne cotiseras pas et donc tu ne toucheras pas d’aides.

5. Tu ne paieras pas d’impôts.

« Des propos discriminatoires et infondés, qui nourrissent la stigmatisation dont souffrent les citoyens d’origine chinoises », insiste Sacha Lin, qui se souvient qu’à l’époque son combat ne faisait pas l’unanimité dans les rangs de l’AJCF :

« J’étais le seul à vouloir attaquer. On m’a dit “ça n’est pas la bonne manière”, “mieux vaut faire de la médiation”, “on ne peut pas”, “on ne gagnera pas”. Et puis il y avait ceux qui avaient totalement assimilé et intériorisé les discriminations et qui jugeaient que ça n’était pas si terrible. »

L’asso s’est finalement lancée et a gagné le procèsLe Point et Franz-Olivier Giesbert sont condamnés pour diffamation(link is external). Et les discours ont changé autour de Sasha, qui a entendu des « on aurait dû faire ça depuis longtemps ».

LA FORCE DE LA CULTURE

« Est-ce qu’il est nécessaire de lever le poing pour revendiquer nos droits ? », s’interroge quant à elle Julie Hamaïde, créatrice et rédactrice en chef de Koï Magazine(link is external) – passé par Média Maker, l’incubateur de médias de StreetPress – dont le premier numéro est paru en septembre. La journaliste a fait le choix de mettre en avant les cultures asiatiques :

« Je ne voulais pas faire un journal d’asiat’ pour les asiat’. Le magazine est pour tout le monde et met en lumière des sujets et thématiques oubliés des médias traditionnels. »

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Julie Hamaïde, fondatrice de Koï Magazine. / Crédits : Pierre Gautheron

« C’est une initiative inspirante qu’il faut promouvoir », juge Cam Linh, photographe qui a participé au crowdfunding du mag. Cette dernière se sent plus féministe qu’asio-militante : « Je préfère rassembler les combats et m’intéresser globalement au sexisme et au racisme ». Elle rejoint Julie sur une grande idée : la communauté asiatique n’est pas uniforme.