Quelles sont les clés pour comprendre le monde moderne ?

Un soir de mai dernier, mon ami Gaylord Vermouth1 m’a reproché de dénoncer les travers du système politique sans donner « les clés pour comprendre ». Il faudrait, m’a-t-il répété, que j’explique ce qui était bien et moins bien dans les programmes des candidats. Je n’ai malheureusement ni le temps ni les compétences pour faire ce travail,2 mon cher Gaylord, mais je vais te donner trois clés avec lesquelles tu pourras juger tous les programmes de tous les candidats, pour les élections à venir et même pour les suivantes. C’est du lourd, c’est puissant, fais en bon usage.

Mon cher Gaylord,

A trente ans passés, nous sommes tous les deux jeunes, mais pas tant que ça. Il nous reste une quarantaine d’années à user nos pantalons sur les chaises des bistrots, un peu plus si tu comptes celles où nous les userons dans la cafèt’ de la maison de vieux où nos rejetons nous feront enfermer, un peu moins si tu continues à fumer. Pour comprendre comment les politiques publiques peuvent évoluer dans ce temps qu’il nous reste, il faut cerner les grands courants sociaux et environnementaux dans lesquelles ces politiques vont devoir naviguer. Ce sont les trois clés. Mais avant, laisse moi te dire que tu peux tranquillement ignorer la majeure partie des propositions des candidats, car elles concernent des problèmes qui n’existent pas, ou en tout cas pas dans la forme qu’on leur donne.

Les crises dont on entend parler à la télé, dans les journaux ou sur notre fil d’actualité Facebook engluent le discours public mais tu peux les laisser couler. Elles passeront comme des rhumes, en une semaine sans traitement et sept jours sans. Elles passeront car elles sont soit montées en épingles à partir de pas grand chose, soit carrément inventées, soit elles sont devenues normales et ne sont plus des crises mais un état de fait.

Les crises montées en épingle.

A partir de pas grand chose, certaines personnes ou certains groupes peuvent créer un problème de société. Prends l’exemple de la bien mal nommée « crise des migrants ». Une guerre civile pousse des hommes et des femmes à chercher refuge dans les pays voisins et certains viennent jusque chez nous. Si cela te rappelle la guerre en Yougoslavie qui a bercé notre enfance, c’est normal, c’est exactement la même chose. Sauf que cette fois-ci, les réfugiés ne sont plus des humains que nous avons le devoir d’aider, mais un flot sans précédent de terroristes potentiels qui mugissent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Alors que c’est complètement faux. Ce n’est ni un flot, ni sans précédent, et l’impact de ces hommes et ces femmes sur notre quotidien est très faible.3