Cinq ans après la tuerie, le triomphe des anti-Charlie

Le procès des assassins de la tuerie de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Vincennes s’ouvre  devant la cour d’Assises spéciale de Paris. On y jugera les seconds couteaux, les pourvoyeurs de logistique, les complices, les fournisseurs de moyens. Qui plaideront tous évidemment ne pas avoir été au courant des intentions des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, abattus par les forces de l’ordre. Dix-sept victimes exécutées au nom de la haine de la liberté ou de la haine des juifs*. Quatorze présumés complices sur les bancs des accusés. 200 parties civiles, victimes et proches des victimes. Deux mois d’audiences.

Article par Valérie Toranian publié sur le site  revuedesdeuxmondes.fr   le 31 08 2020

Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, se bat pour que ce procès ne soit pas seulement celui de la chronologie des faits et l’évaluation des responsabilités des différents complices. Il rêve d’une tribune exemplaire. Où soit dénoncé ce que fut véritablement cette tuerie : la tentative de mettre définitivement au pas une société de libertés, dont la première de toute, la liberté d’expression, permet en France de critiquer librement, religions et idéologies, autorise le rire, la caricature et l’humour. « Le mobile du crime, c’est la volonté d’interdire la critique de Dieu, donc la liberté d’expression, donc la liberté tout court », explique-t-il dans un entretien au Point.

« Ce procès sera plein d’ombres et de tabous. Osera-t-on dire que depuis 2006 et la publication par Charlie des caricatures de Mahomet, nombreux sont ceux dans la classe politique, les médias, parmi les universitaires, qui ont été le bras armé « intellectuel » des tueurs de Charlie ? »

Les “anti-Charlie”

Ce procès sera plein d’ombres et de tabous. Osera-t-on dire que depuis 2006 et la publication par Charlie des caricatures de Mahomet, nombreux sont ceux dans la classe politique, les médias, parmi les universitaires, qui ont été le bras armé « intellectuel » des tueurs de Charlie ? En toute inconscience. En toute bonne conscience. En pointant du doigt la rédaction de Charlie Hebdo, au lieu de rester droit dans leurs bottes républicaines en vertu du principe de la liberté d’expression. En accusant l’hebdomadaire de « provocations susceptibles d’attiser les passions » (Chirac, président de la République), de « blesser inutilement les convictions religieuses » (Villepin, Premier ministre), « d’amalgame inadmissible car l’islam est une religion de paix » (Élisabeth Guigou).

Lorsqu’un incendie détruit les locaux de Charlie Hebdo, en 2011, dix-neuf intellectuels, dont Rokhaya Diallo, publient une pétition contre le soutien à Charlie Hebdo, « hebdomadaire islamophobe » : « Il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie, les dégâts matériels seront pris en charge par les assurances », écrivent-ils. L’indécence n’a pas de limite.