Bray-sur-Seine, ville-laboratoire de l’accueil des réfugiés à l’heure des municipales

Une angoisse étreint depuis plusieurs jours Sophie Mangoyo-Malonda. La Congolaise de 70 ans, qui doit quitter le centre pour réfugiés de Bray-sur-Seine, va gagner son autonomie mais craint d’être “totalement abandonnée” dans ce bourg, où la question migratoire agite la campagne municipale.

reportage de l’Agence France Presse par Christophe Archambault, publié sur le site challenges.fr, le 20 02 20 

Dans cette commune rurale pauvre de 2.300 âmes aux confins de la Seine-et-Marne, de l’Yonne et de l’Aube, un centre provisoire d’hébergement (CPH) s’est installé fin 2018 dans un bâtiment tricolore à trois étages de la cité Briolle, pour accueillir 130 réfugiés de neuf à douze mois chacun.

Une bénévole dirige un atelier pour les migrants au centre d’accueil France Fraternité, à Bray-sur-Seine, le 10 février 2020 (AFP – Christophe ARCHAMBAULT)

Un choix du maire LREM Emmanuel Marcadet qui, conscient du risque de crispations sur un terreau du Rassemblement national – Marine Le Pen est arrivée ici en tête des deux tours de la présidentielle -, a créé un “Lab fraternel”, structure qu’il dirige et qui offre les mêmes services aux migrants qu’à la population locale.

Arrivée en janvier 2019 dans le CPH, Sophie Mangoyo-Malonda pense devoir son intégration au Lab. “Il y a des personnes qui vous saluent, d’autres qui passent outre. Il y a des racistes mais, dans l’ensemble, j’ai été très bien accueillie”, explique-t-elle à l’AFP lors d’un atelier sur la gestion du budget.

Le maire de Bray-sur-Seine et directeur de l’association France Fraternité, Emmanuel Marcadet, devant la mairie de sa ville, le 10 février 2020 (AFP – Christophe ARCHAMBAULT)

“On a démarré en sous-marin”, reconnaît Alexandra Lorion, directrice par intérim le temps des municipales. “Parce que quand vous ramenez une population étrangère en milieu rural, ça grince un peu des dents. La mixité commence à prendre, mais il faut y aller en douceur.”

Avec ce centre, accolé au bureau de Poste local, son équipe vante les atouts de la ruralité. “C’est très difficile, pour eux il y a la capitale et la brousse. Ils préfèrent souvent retourner à la rue à Paris plutôt que de rester ici”, souligne-t-elle.

Le projet de ce laboratoire de l’accueil mixte, pensé par l’association France Fraternités et unique en France, est géré par vingt employés avec un budget annuel d’1,5 million d’euros. Il offre de nombreux services: cours d’informatique, de français, rédaction de CV, ateliers pour les enfants…Des services