Le Bourget : les lycéens et le rappeur Mokobé racontent le racisme ordinaire

«Le racisme, on le vit au quotidien. En parler, poser les problèmes sur la table, c’est essentiel ! » Discriminations et violences policières : autant de sujets sensibles qu’ont abordés 90 élèves du lycée Germaine-Tillon au Bourget, ce mercredi, avec le rappeur Mokobé(lire l’encadré). Tellement sensibles… que le rectorat a refusé, au dernier moment, la présence d’un journaliste.

L’idée de ce débat est venue de Hassane, Mohamed et Ismaïl, élèves en terminale. « Il y a quelques mois, lors de la Semaine de l’engagement, on devait présenter une association au sein de notre lycée. On a tout de suite pensé à SOS Racisme, qui a accepté. Dans la foulée, on a organisé ce débat et grâce à l’association, on a eu la présence de Mokobé, qui a écouté nos témoignages et donné le sien », racontent les trois lycéens. Pourquoi le thème du racisme et des violences policières ? « On vit avec, au quotidien. Dans les quartiers, on est tellement conditionné que parfois, on ne s’en rend même plus compte », résume Inès, 18 ans.

Ismaïl, Hassane et Mohammed sont à l’origine du débat organisé avec SOS Racisme (LP/T.P.)

Ismaïl, Hassane et Mohammed sont à l’origine du débat organisé avec SOS Racisme (LP/T.P.)

Alors, face au rappeur, originaire de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), les jeunes ont dit leurs maux de tous les jours. « Dans les magasins, le vigile nous suit à la trace automatiquement, alors qu’il ne fait pas pareil avec les gens âgés ou blancs », jure une lycéenne. « Certaines personnes changent de trottoir quand j’arrive en face », ajoute un autre. L’occasion aussi de parler des relations tendues entre les jeunes et les policiers – sujet brûlant depuis l’affaire Théo, ce jeune homme victime d’un viol présumé lors d’un contrôle, il y a deux mois, à Aulnay-sous-Bois. « Vendredi soir, je me fais contrôler. Tout se passe bien, alors je dis aux policiers : ça se passe bien avec vous, vous n’êtes pas comme les autres, raconte Cabri, 18 ans. Et là, un policier me répond gratuitement : Et Théo, il a bien aimé la matraque ? Comment voulez-vous que ça ne dégénère pas… » Tous, ou presque, peuvent raconter ce genre d’anecdotes. « Le résultat, c’est qu’instinctivement, on a une défiance vis-à-vis des policiers, même si l’on sait que tous ne sont pas à mettre dans le même sac. Mais quand un véhicule de police passe, on a une appréhension, même si on n’a rien à se reprocher », résume Inès.