Sarcelles : quand Lilian Thuram donne une leçon de lutte contre le racisme aux lycéens

Invité par une classe de seconde du lycée de la Tourelle, l’ex-footballeur a tenté de déconstruire une série de clichés racistes par le jeu des questions-réponses.

« J’ai deux garçons et la première chose que je leur apprends, c’est à se respecter soi-même. » C’est le point de départ de la leçon de lutte contre le racisme, le sexisme et l’homophobie, que Lilian Thuram a donné pendant presque deux heures, ce mardi au lycée de la Tourelle, à Sarcelles. L’ex-footballeur était invité par une classe de seconde qui a organisé cette journée, dans le cadre d’une option littérature et société.

Comme il l’a montré au cours de la discussion, le respect de soi-même n’est pas toujours spontané au lycée. « Blédard ! », lance un élève quand une jeune fille indique qu’elle vient de Villiers-le-Bel, mais qu’elle est née au Sénégal. Le jeune homme est invité sur scène et à s’expliquer sur ce terme. « Quand j’entends le mot blédard, c’est souvent avec une connotation pas très positive, rétorque Lilian Thuram. Ça veut dire que vous faites une hiérarchie entre ici et là-bas. Ça veut dire que vous participez au jeu de ceux qui vous méprisent. Faites attention à ne pas mépriser qui vous êtes. »

Dans un jeu de question-réponse avec les lycéens, l’ex-footballeur tente de déconstruire une série de clichés racistes. Il rappelle que la hiérarchie entre les races était autrefois enseignée à l’école, que les noirs n’étaient pas vus comme des êtres humains, que les Antillais ont souvent tendance à juger plus enviable d’être en couple avec une personne plus claire de peau, que les planisphères ont des proportions qui avantagent les pays du Nord, que les religions condamnent l’homosexualité. « Le conditionnement qui nous entraîne à réfléchir comme ça, doit être questionné », leur a-t-il lancé.

Mais là où le message passe le mieux c’est encore quand la star parle de son parcours. « Ma mère m’a appris quelque chose d’essentiel : le courage », a-t-il indiqué. Il raconte qu’elle se levait tôt pour couper de la canne à sucre le matin, en Guadeloupe, puis l’après-midi allait faire des ménages. Elle décide de partir ensuite pour Paris pour subvenir aux besoins de ses enfants qu’elle laisse derrière elle. « Ce que je suis devenu, c’est grâce à elle. Je me suis dit tu n’as pas de droit de trahir ça », souligne-t-il.

Ce genre d’interventions, Lilian Thuram en fait jusqu’à une quarantaine par an. « Ça se passe bien, car il sait leur parler, estime Lionel Gauthier, directeur de la fondation Education contre le racisme, créée par l’ex-footballeur. Il vient d’un milieu défavorisé. Il est un peu comme eux. Il sème des petites graines. » Avant sa venue, les élèves sont invités à préparer des questions mais le travail continue aussi après.