Aya Nakamura, Omar Sy, Mohamed Mbougar Sarr et «Les Olympiades»: magnifique pied de nez à l’ambiance « dégueu » du moment

La première est en couverture de Vogue, le second du GQ allemand en tant qu’homme de l’année, le troisième a remporté le Goncourt 2021, et le film d’Audiard est garanti zéro stéréotype sur les femmes et les Noirs.

article par Titiou Lecoq publié sur le site slate.fr, le 05 11 2021

En ces temps difficiles, il faut mettre un point d’honneur à célébrer les bonnes nouvelles. Or précisément, cette semaine, j’ai détecté pour vous une conjonction d’informations réjouissantes. D’abord, il y a eu cette couverture magnifique du Vogue français avec Aya Nakamura.

Mais quelle beauté, cette couv!

Et, tiens, rigolo, une autre couv a circulé dans mes radars au même moment, celle du GQ allemand qui fait d’Omar Sy l’homme de l’année.

Mais quelle beauté également! À noter que cette photo est un hommage à un portrait de Jean-Baptiste Belley, que voici:

Jean-Baptiste Belley par Anne-Louis Girodet (1797). | Château de Versailles via Wikimedia Commons

Et puis, le lendemain de ces publications, il y avait l’annonce du prix Goncourt 2021, remis à Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais habitant à Beauvais, à la grande fierté des Beauvaisiens, comme le raconte cet article.

On ne va pas en conclure que ça y est, le monde a changé, qu’il n’y a plus de racisme sur terre et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Il n’empêche, c’est réjouissant. C’est réjouissant de voir ces visages représenter la France et la francophonie. Aya Nakamura est née au Mali, Mohamed Mbougar Sarr au Sénégal, Omar Sy dans les Yvelines d’une mère mauritanienne et d’un père sénégalais. Et ils représentent à eux trois cette semaine le cinéma, la chanson et la littérature française.

Qui plus est, on sait désormais qu’ils ne sont pas là de façon transitoire. Ils sont devenus chacun incontournable dans leur domaine, accumulant, concernant Nakamura et Sy, tous les records.

Eh bien ça me fait plaisir, c’est un magnifique pied de nez à l’ambiance dégueulasse du moment. Lors des rencontres en librairie que je fais en ce moment, on me demande souvent ce que je pense de l’état actuel du pays, et je répète que des forces antagonistes sont à l’œuvre et que pour l’instant, aucune ne l’emporte. Alors oui, il y a des sondages terrifiants, mais il y a aussi le succès de ces artistes.

L’oubli menace sans cesse

L’une des choses qui m’a le plus étonnée dans mes recherches sur les femmes a été de découvrir non seulement que les femmes artistes avaient toujours existé (contrairement au mythe de la femme empêchée) mais qu’en plus, un bon nombre d’entre elles avaient connu le succès de leur vivant. Elles ont véritablement été effacées après leur mort. On pourrait se demander s’il n’est pas arrivé la même chose aux Noirs et Noires en France.