Aubervilliers : les jeunes héros ordinaires de la tour infernale

Des jeunes du quartier ont volé courageusement au secours des habitants sauvant certainement des vies. Le quartier en a fait ses héros.

article publié par le site du parisien.fr  le 28 07 2018

Ce vendredi matin, Samir, Stéphane et Amor auront raté la visite à Aubervilliers du secrétaire d’Etat à la cohésion des territoires. Après l’incendie qui a causé la mort de quatre personnes, une mère de 33 ans et ses enfants de 18 mois, 4 et 6 ans, dans une tour de 18 étages, Julien Denormandie est venu vendredi apporter son soutien à la cité endeuillée : « J’exprime ma reconnaissance aux jeunes qui ont permis de sauver des vies », a-t-il déclaré.

En fait, Samir Parnasse, 21 ans, Amor Ben Mbarek, 21 ans et Stéphane Attira Bishay, 22 ans, récupéraient de leur éprouvante journée. Ces trois jeunes ont été les premiers à s’engouffrer dans la tour en feu pour voler au secours des habitants. Dans le quartier, tout le monde loue le courage de ces jeunes et les proclame héros du jour. Eux racontent avec sobriété leurs exploits.

« On a toqué à toutes les portes »

« On était assis en bas en train de discuter avec nos potes quand on a vu de la fumée noire s’échapper du haut de la tour », raconte Samir à la musculature athlétique et adepte de MMA (mixed martial arts). Ils aperçoivent un enfant qui appelle au secours. « Il voulait sauter », dira Foudil, l’un des animateurs du centre de loisirs qui leur a prêté main-forte. C’est Stéphane qui appellera les pompiers tout juste après 17 heures.

Avant que les secours n’arrivent, ils se sont improvisé sauveteurs avec pour tout équipement leur courage et leur grand cœur. « On a toqué à toutes les portes », détaillent-ils. Mais arrivés au 16e étage, ils ont été bloqués. « C’était mort avec les flammes qui étaient déjà dans la cage d’escalier », poursuivent-ils. Avec l’aide d’un voisin, ils parviennent à enfoncer la porter et à libérer l’enfant. Ils aident une vieille dame à descendre une à une les marches du 16e étage. « Ça a bien pris une demi-heure, expliquent-ils. On croisait la police qui montait. »

Dans les escaliers, l’atmosphère est devenue irrespirable. Les fumées descendent en même temps que les jeunes secouristes. « On était portés par l’adrénaline », explique Samir qui a refait plusieurs fois ce parcours du combattant avant l’arrivée des pompiers.

« J’ai vu les jeunes et les policiers courir dans le même sens »

Quand le feu a été maîtrisé vers 20 h 30, Samir et ses amis n’ont pas voulu rentrer chez eux. « On s’est posés et on est restés jusqu’à la fin, toute la nuit. » Vers 3 heures du matin, les secours ont descendu les corps des quatre victimes. Quelques riverains ont assisté à la scène, les yeux emplis de larmes.