Aubervilliers : « Face au racisme, il faut ouvrir notre bouche »

Les élèves de Terminale du lycée Le Corbusier ont réalisé un concours d’affiches contre le racisme, dont les résultats ont été rendus ce vendredi. Publié par l’édition Seine-Saint-Denis du Parisien 

« Et les gagnants du concours sont… » L’une après l’autre, les quatre affiches gagnantes défilent sur l’écran de vidéoprojection, dans l’une des salles du lycée Le Corbusier à Aubervilliers. Chacune représente un personnage historique engagé dans la lutte contre le racisme, accompagnée d’une citation : un projet lancé par Catherine Robert, professeure de philosophie, qui a fait plancher ses sept classes de terminale générale et technique sur le thème « La culture est notre nature ».

Les cris de joie fusent dans la salle. Au premier rang, Présilia, Elina, Wième et Anissa se congratulent. Leur affiche de Rosa Parks, figure de la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis, a séduit le jury. « On a été touchées par ses paroles. Je sais qu’elle avait notamment refusé de laisser sa place à un blanc dans un bus », se souvient Wième.

Cet exemple entre en résonance avec ce qu’elles peuvent vivre au quotidien. « Parfois dans le train j’entends : Tiens, toujours les noirs qui parlent fort, ou une vieille dame en descendant du bus qui dit : On n’est pas au bled ici. »

Au-delà de ces petites phrases, le silence autour de ce racisme ordinaire affecte Néléa, en terminale ressources humaines. « L’absence de réaction, c’est ça qui fait mal. Face au racisme, il faut ouvrir notre bouche. Avec la parole on peut tout changer », pense la lycéenne.

L’affiche avec Rosa Parks, l’une des quatre lauréates

D.R.

L’enthousiasme autour de ce projet ravit Laurence Leyenbecker, la nouvelle proviseure du lycée. « Nos élèves ont des origines qui pour la plupart sont le produit d’un multiculturalisme très vivant. Ça les amène à réfléchir sur leur propre identité, le fait d’être citoyen français, sur le regard qu’ils posent aussi sur les autres ou celui qui est porté sur eux-mêmes. »

Ce qui a impressionné Olivier Trony, prof en BTS et membre du jury, « c’est la diversité des auteurs choisis ». « Certains ont cité André Malraux ou George Eliot. Ils ne se sont pas contentés du facile », apprécie-il.

Et les élèves ne comptent pas s’arrêter là. Ils feront la promotion de leur travail. « Il faut les diffuser ! », souhaite Néléa. Si les affiches défilent déjà sur les écrans d’informations du lycée, elle compte avec ses copines « les partager sur les réseaux sociaux. » « Il faut agir avec les jeunes de notre génération ! », exhortent-elles.