Loin des débats théoriques, comment vivent certains Tunisiens, religieux ou pas, l’inégalité dans l’héritage?

Nous avons suivi l’actualité de cette question de l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes notamment en Tunisie. Cet article partagé par la page FB “les doctorants et doctorantes de  RUSEMEG ” a le mérite de rapporter des témoignages contradictoires parmi la population concernée 

La nécessité d’établir l’égalité dans l’héritage soulevée par le président de la République, Béji Caid Essebsiprovoque une polémique entre ceux qui y voient “une transgression de la religion”et ceux qui saluent un pas en avant vers la reconnaissance entière des droits humains des femmes. Un débat interne où s’y est mêlé l’institution d’Al-Azahar en Égypte pour donner son avis contre une telle mesure

Dans ce remue-ménage théorique, qu’en pensent les Tunisiens, religieux ou pas? Comment des hommes et des femmes vivent-ils l’inégalité dans la répartition de l’héritage? Le HuffPost Tunisie a recueilli quelques témoignages.

“Une inégalité qui pourrait être injuste mais c’est la chariaâ”

Zouhour, 60 ans a hérité la moitié de ses frères et elle ne s’en offusque pas “parce que notre religion est ainsi et qu’il ne faut pas aller à son encontre”. Elle raconte pourtant que l’un de ses frères a pu soustraire de son père de son vivant une partie des biens, qu’ils n’étaient pas tous sur le même pied d’égalité au moment de répartir l’héritage et que ses frères n’étaient pas toujours là pour leur mère vieillissante. “Mais Dieu punira ceux qui ont pris une chose qui ne leur appartient pas ou qui maltraitent leur mère”, martèle-t-elle.

Zouhour souhaite pourtant que son mari répartisse de son vivant ses biens équitablement. Elle même l’a fait en distribuant ce qu’elle a eu de l’héritage de ses parents à tous ces enfants à part égale: “Il n’y a pas de raisons pour que je fasse la différence entre eux, ils sont tous mes enfants”, s’exclame-t-elle en s’attachant au fait que cette équité souhaitable de son vivant ne doit pas être de mise à sa mort, toujours en le justifiant par les dogmes religieux.

Zouhour reproche à son mari sa réticence à donner à ses filles les mêmes parts que ses fils: “Pour certains hommes, donner à sa fille signifie donner à son gendre et c’est inacceptable pour eux parce qu’ils ont été élevés ainsi”.

Une prédominance du patriarcat à travers l’héritage qu’Ahmed, 70 ans ne nie pas. “À travers l’héritage, on transmet ses biens. Des biens pour lesquels on a passé toute une vie à travailler et je souhaite que mes enfants, de mon sang, en bénéficient, et pas un gendre même si je le considère comme mon enfant”, reconnait-il.