Une étude du CNRS observe une inquiétante tentation pour la radicalité chez les lycéens musulmans

Après deux ans d’enquête auprès de 7.000 lycéens issus en grande partie de quartiers populaires, les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland rendent leurs conclusions dans “La Tentation radicale”. La radicalité, qu’elle soit religieuse, politique ou culturelle, atteint des proportions inquiétantes, notamment chez les jeunes musulmans.

article publié par Marianne 

Les lycéens de France sont-ils tentés par la violence et la radicalité religieuse ? C’est la question que se sont posée les sociologues du CNRS Anne Muxel et Olivier Galland, au lendemain des attentats de novembre 2015. Les chercheurs publient leurs travaux ce mercredi 4 avril aux Presses universitaires de France (PUF), dans un ouvrage intitulé La Tentation radicale. Et leurs conclusions sont plutôt inquiétantes.

L’échantillon choisi n’est volontairement pas représentatif : les questionnaires ont été adressés à 7.000 jeunes de 14 à 16 ans, fréquentant des régions où des “manifestations de radicalité” (émeutes, bagarres avec la police, blocages de lycées) ont eu lieu : quartiers nord de Marseille, région lilloise, ville de Créteil en banlieue parisienne… l’académie de Dijon a été ajoutée pour apporter de la diversité à l’étude. Reste que celle-ci a interrogé 39% de jeunes scolarisés dans des lycées populaires, et 26% de musulmans, bien davantage donc que dans l’ensemble de la population lycéenne. Le but avoué de l’enquête était en effet d’analyser la prégnance des idées radicales chez les jeunes issus de milieux modestes et de confession musulmane. Les auteurs ont défini la radicalité par “un ensemble d’attitudes et d’actes exprimant a minima une protestation et pouvant aller jusqu’à la contestation frontale du système politique ainsi que des normes sociales et culturelles dominantes“. Des idées qui peuvent s’exprimer de manière religieuse, politique ou culturelle, et dans certains cas mener à la violence.

“Combattre les armes à la main pour sa religion”

Certains résultats interpellent : si 11% des adolescents interrogés pensent qu’il y a “une seule vraie religion” et que celle-ci “a raison contre la science“, ce chiffre passe à 32% chez les musulmans, dont 81% estiment que “c’est plutôt la religion qui a raison sur la question de la création du monde“. Un décalage également constaté en ce qui concerne la tolérance à la violence : pour 25% des jeunes de l’étude, il est acceptable de voler un scooter, de dealer de la drogue ou d’affronter la police… c’est le cas pour un tiers des jeunes musulmans. D’après Anne Muxel et Olivier Galland, ceci s’explique par le fait que les lycéens de confession musulmane habitent souvent dans des quartiers sensibles où la violence est devenue banale.