Tapis rouge ou tentes: après les exfiltrations, questions sur le sort des exilés Afghans à la rue

Deux poids, deux mesures? Au moment où la France offre un accueil “remarquable” pour les évacués de Kaboul, les défenseurs des demandeurs d’asile s’inquiètent du sort des milliers d’exilés Afghans y vivant   depuis des mois, voire des années dans le plus grand dénuement.

article de l’AFP publié sur le site varmatin.com, le 02 09 2021

Il y a une réflexion indispensable à mener sur l’égalité de traitement des Afghans qui arrivent depuis Kaboul et auxquels on aura réservé un accueil remarquable, et ceux qui depuis des mois, des années, vivent ici dans la rue, les squats, dans des conditions déplorables”, pose Pierre Henry, président de France Fraternités.

L’opération d’évacuation, lors de laquelle près de 2.700 Afghans ont été exfiltrés vers Paris, aura au moins permis de dresser ce constat, énoncé par tous les interlocuteurs de l’AFP: “quand on veut, on peut.

Avant même la chute du pouvoir dans les mains des talibans le 15 août, 8.000 dossiers d’exilés afghans étaient en souffrance à l‘Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui attribue le statut de réfugié. Sans compter les 2.300 recours déposés devant la Cour nationale du droit d’asile depuis le 1er janvier par des ressortissants d’Afghanistan, premiers demandeurs d’asile en France. Plusieurs dizaines d’entre eux figuraient parmi les 600 sans-abris qui ont constitué un campement, mercredi après-midi, devant la préfecture de la région Ile-de-France, pour demander une prise en charge.

Ces hommes sont arrivés il y a quelques semaines ou quelques mois. C’est triste à dire, mais on dirait qu’ils ont eu le malheur d’arriver en France avant la chute de Kaboul“, le 15 août, constate Pierre Mathurin, un responsable de l’association Utopia56, qui leur vient en aide dans la rue.

De fait, ceux-là, tout comme les Afghans qui vivent au jour-le-jour à Calais dans l’espoir de passer en Angleterre, n’ont pas bénéficié d’un logement à l’hôtel dès leurs premiers pas en France, ni des procédures mises en places pour les évacués, dont un guichet dédié à l’enregistrement de leurs dossiers. L’Ofpra indiquait la semaine dernière que les demandes d’asile des exfiltrés seraient placées en haut de la file, avant celles de personnes attendant potentiellement depuis des années.

“Crise structurelle”
Heureusement qu’on n’a pas accueilli les évacués en leur disant à la sortie de l’avion +voilà, maintenant débrouillez-vous“, nuance Jean-François Ploquin, directeur général de l’association Forum réfugiés-Cosi.

Pour lui, cet accueil a toutefois permis de mettre en lumière “la crise structurelle de l’hébergement des demandeurs d’asile en France, qui est complètement embolisé“.