Tahar Ben Jelloun réalise les vitraux d’un église en s’inspirant des trois religions monothéistes

Et de la discussion jaillit la lumière

Pour poser la trame de ce projet tant artistique que spirituel, Tahar Ben Jelloun se plonge dans la lecture des textes sacrés.

«Cela m’a incité à relire le Coran pour savoir ce qu’il dit de Jésus et de Marie», explique-t-il.

«Huit sourates en parlent avec déférence, respect et amour. Des versets les présentent comme des modèles exemplaires. L’Islam recommande aux croyants de vénérer et de célébrer les prophètes qui ont précédé Mahomet. Il présente et défend les mêmes valeurs de justice, de vérité et de fraternité que les deux autres religions monothéistes.

Selon le Coran, Jésus est un signe pour le monde, annonciateur de vérité, c’est “un esprit émanant de Dieu“», écrit-il dans une longue lettre adressée aux habitants du petit village pour leur expliquer ce projet.

Car pour entrer dans cette Maison de Dieu et y faire communier les esprits de confessions différentes, Tahar Ben Jelloun doit au préalable soumettre l’idée au conseil municipal, à l’évêché et aux maires de la commune.

L’écrivain marocain se présente alors à eux, en toute humilité, expliquant qu’il lui est arrivé «plusieurs fois d’entrer dans une église», qu’il ne s’y est «jamais senti étranger» et qu’il a souvent été «fasciné autant par l’architecture de l’espace que par certains vitraux.»

Puis, il leur présente sa vision du monde et les invite à pénétrer dans son univers à travers les mots et les couleurs:

«Mes tentatives de peinture ont choisi de donner à voir la lumière, celle du monde et celle des cœurs. Je n’ai pas d’autre message. Peindre des signes et des formes dansants, osant des couleurs vives et enchantées, voilà ma passion. Dans mes écrits, j’aborde des thèmes dramatiques, l’exil, la solitude, la condition de la femme, l’immigration, tout ce que représente pour moi «la douleur du monde.»

Et de poursuivre dans sa lettre: «dans la peinture, j’essaie l’optimisme, la joie et la danse. J’essaie la lumière qui donne espoir, qui rassure et apaise. C’est dans ce sens que j’ai travaillé les toiles servant de maquettes pour faire les vitraux de cette église.»

Les couleurs de ces vitraux rappelleront donc la Loire, «ce grand fleuve apparemment tranquille mais qui a une personnalité étonnante, originale, spirituelle» que Tahar Ben Jelloun dit avoir passé des moments intenses à observer pour mieux en retranscrire «la diversité de ses lueurs, de ses teintes, de ses reflets» passant «d’un bleu étrange à un vert franc» pour «ensuite prendre une teinte sombre.»