Quand des commerçants tendent la main aux gens de la rue…

Des autocollants et petits pictogrammes collés sur les vitrines de plusieurs commerces de Marseille ont attiré mon attention. Ils indiquent que ce café, ce restaurant, ou ce magasin propose certains services à toute personne dans le besoin. Au-delà de ces relais pratiques, l’association Le Carillon bataille pour créer du lien social, changer le regard sur soi et sur les autres.  

article signé  Nathania Cahen sur le blog  marcelle.media, le 21 10 2018 

(Mise A Jour 25 octobre : A Paris, le Carillon a pris l’initiative supplémentaire de créer un numéro vert qui permet d’obtenir des informations sur les activités du réseau, une orientation vers les commerces partenaires et pourront même, éventuellement, y être accompagnés par des bénévoles. Le 0800.94.88.11. est opérationnel dès ce lundi. Les sans-abri pourront y joindre une bénévole, du lundi au vendredi de 10 à 13 heures et de 14 à 18 heures.) 

La directrice locale du Carillon, Sarah Gorog, nous a fixé rendez-vous dans un café « carillonneur », le Champ de Mars, entre le Cours Julien et la Plaine. Sur la porte vitrée, je compte sept petits pictogrammes, qui indiquent qu’ici on peut notamment accéder aux toilettes, trouver du wifi, boire un verre d’eau. Et même entreposer un bagage, même si ça n’est pas spécifié. Sarah n’est pas une travailleuse sociale, son univers jusqu’alors a été celui de l’événementiel et des bars – elle a régné sur le Polikarpov, puis sur un lieu de culture convivial, Les Demoiselles du Cinq, avant de s’absorber dans ce projet solidaire.

Le Carillon est présent aujourd’hui dans huit villes en France (Toulouse est la dernière en date), émanation de la Cloche, association apolitique et aconfessionnelle qui travaille sur l’inclusion du monde de la rue. Le programme repose sur trois missions phares : tresser des liens bienveillants entre les trois pôles que sont les commerçants, les sans domicile et les habitants alentours. Permettre à ceux qui vivent dehors d’accéder à des services simples et de première nécessité qui, au-delà de faciliter leur quotidien, peuvent créer du lien. Changer le regard des uns (sur les gens de la rue) et des autres (sur des lieux auxquels ils estiment ne pas avoir accès).

En 16 mois d’existence, 75 commerces ont fait leur entrée dans le petit guide édité par Le Carillon. Il devrait y en avoir cent à la fin de l’année. Des bars, des restaurants, des pharmacies, des boulangeries, des épiceries et même un disquaire… essentiellement dans le centre de Marseille. Le dernier en date est la Marmite Joyeuse, une cantine engagée du bd National. « La preuve qu’il faut cultiver l’optimisme. Que la solidarité existe. Mais pour gagner en efficacité, elle doit être valorisée, catalysée, et organisée ». Sarah et son équipe progressent par quartier, élaborent une trame qui incorpore les besoins essentiels, qui emprunte le parcours de ceux qui font la manche ou dorment dehors. Un gros boulot, qui demande du suivi, de la vigilance, de la rigueur. « Nous sommes attendus à la Belle-de-Mai, explique Sarah. Mais s’il n’y a qu’un seul commerce, c’est insuffisant, il sera débordé. D’où la nécessité de bien quadriller le terrain, de démarcher utilement ». Et de bien répartir les 17 pictogrammes – des choses très pratiques uniquement, comme la possibilité d’échanger la très petite monnaie contre des grosses pièces ou des petits billets. D’autres sont à la réflexion comme les croquettes pour chien, la possibilité de changer son bébé, ou de l’allaiter.

Le Carillon jette un pont entre les gens de la rue et les autres

 

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