L’histoire de John Sato, néo-zélandais de 95 ans, mobilisé contre les préjugés racistes

John Sato © Blair Millar/Amnesty International

DRESSER DES MURS

Il y a des bâtiments différents pour les différentes religions, parce que cela correspond à différentes races et cultures. Mais si vous observez les choses sans jugement, vous comprenez qu’ils disent tous la même chose. Je ne pensais pas qu’il y aurait toute cette publicité autour de mon périple.

Je ne suis pas un petit cœur sensible ni un bon samaritain, mais je ressens de la compassion pour les gens.

Quand on a soi-même traversé des choses difficiles, on apprend à le reconnaître chez les autres. C’est peut-être une bonne méthode éducative. Les gens dressent des murs entre eux, et c’est en grande partie dû à l’ignorance ou à une représentation négative dans les médias. Aux informations, on n’entend que des mauvaises nouvelles et des choses moches. On en oublie qu’il y a tellement de belles choses et de bonnes personnes dans ce monde.

UNE VIE DE FAMILLE

J’ai beaucoup appris de ma femme et de ma fille. Ma femme et moi, nous n’étions plus tout jeunes quand nous nous sommes rencontrés et mariés. Je me souviens que mon meilleur ami m’a appris à danser la valse dans un champ : c’était quelque chose à voir. J’aimais danser, mais je pensais ne pas avoir grand-chose à offrir à une fille, à cause de mes origines.

J’ai été appelé pour servir dans l’armée néo-zélandaise pendant la Seconde Guerre mondiale. J’avais 18 ans, et j’étais un jeune gars parmi tant d’autres. Nous étions tous assez nerveux, et certains d’entre nous avaient probablement aussi un peu peur. Avoir 18 ans à cette époque-là, c’est différent d’avoir 18 ans maintenant. Nous étions tous assez naïfs. Ils débouchaient une grande bouteille de bière et ils vous la donnaient. On descendait trois bouteilles de bière et on titubait dans toute la pièce, et après il fallait rentrer à pied ! Nous avons dormi sous des tentes de la Première Guerre mondiale que les gouttes d’eau transperçaient quand il pleuvait. Mon lit était constitué d’un sac de foin posé sur un tapis de sol.

Quand je me suis marié, j’avais 40 ans et ma femme en avait 38. Je travaillais dans une petite entreprise, à cette époque-là. Nous nous sommes installés dans un appartement au-dessus de cette entreprise : ce n’était pas idéal, mais nous nous serrions la ceinture pour économiser afin d’acheter un terrain et de faire construire une maison. Quelques années plus tard, ma femme est tombée enceinte.

Notre fille est née totalement aveugle, et quand elle a eu 18 mois elle est devenue épileptique. À trois ans, elle a attrapé un virus, qui a touché la parole : elle comprenait ce que nous disions, mais elle ne pouvait pas parler. Malgré tout cela, elle était incroyablement douée pour le yoga.

Dès son plus jeune âge, elle s’est toujours tenue assise bien droite dans la position du lotus. Elle pouvait croiser ses chevilles derrière son cou, et quand ma femme a dit ça à une professeure de yoga, celle-ci lui a répondu qu’il s’agissait d’une position de yoga classique et qu’il lui avait fallu sept ans pour la maîtriser. Nous avons beaucoup appris d’Anne.

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