L’histoire de John Sato, néo-zélandais de 95 ans, mobilisé contre les préjugés racistes

John Sato, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale âgé de 95 ans, a pris quatre autobus pour aller participer à une marche contre le racisme dans le centre d’Auckland (Nouvelle-Zélande), à la suite des attentats de Christchurch, en mars 2019. Cette histoire, qui prouve que des gens ordinaires sont capables de faits extraordinaires, a fait la une des journaux dans le monde entier. Il explique à Amnesty International, dans cet article, que l’amour, l’espoir et la compassion l’ont conduit à accomplir ce périple.  

témoignage publié par Amnesty International sur son site français, le 13 08 2019

“Je m’appelle John Edward Henry Sato. J’ai 95 ans. Comment suis-je arrivé ici ? Eh bien, on m’a dit que c’est une cigogne qui m’a amené. Ma mère est née en Écosse et mon père au Japon. Ils ont tous les deux participé à la Première Guerre mondiale. Ma mère était infirmière et mon père était dans la marine japonaise. Ils ont fini par s’installer en Nouvelle-Zélande.

Je me rappelle que quand j’étais petit, les enfants issus de parents de races différentes étaient appelés des « sang-mêlé », et j’ai entendu des gens utiliser le terme « daegos » [un terme péjoratif désignant les immigrants italiens] pour parler des personnes ayant des origines italiennes. Mais je n’ai jamais entendu de méchancetés à mon sujet.

J’ai été un enfant maladif, très asthmatique, mais cela ne m’a jamais dissuadé d’aller à l’école. J’adorais l’école. Quand j’ai eu 14 ou 15 ans, j’ai étudié les religions comparées. Je voulais découvrir ce qui était à la source de tout cela. Les gens se font une fausse idée de la religion ; s’ils ne comprennent pas quelque chose, très souvent cela leur fait peur.

D’HORRIBLES ATTENTATS

C’est ce qui s’est passé pour les attentats de Christchurch. Le vendredi 15 mars, la communauté musulmane a été attaquée sur son lieu de culte. Cinquante et une personnes ont été tuées et des dizaines d’autres ont été blessées. Celui qui a commis ces horribles attentats l’a fait au nom de la suprématie blanche et de la haine.

Tout le monde en parlait, à la radio et à la télévision. Je ne regarde pas beaucoup la télévision, mais c’était impossible de manquer cette information. Ce fut un triste jour pour la Nouvelle-Zélande.

La seule bonne chose qui en ait résulté, c’est que cela a amené les gens à mieux se comprendre entre eux. Cela a été pour eux l’occasion d’apprendre la tolérance, la compassion, le dévouement et le respect, peu importe la race ou la religion.

J’ai tenu à exprimer ma solidarité, alors j’ai pris le bus pour me rendre dans une mosquée de Pakuranga. C’était le début d’un long voyage. Comme j’ai arrêté de conduire il y a quatre ans, je prends maintenant les transports en commun pour tous mes déplacements.  La mosquée était fermée, mais des fleurs avaient été déposées à l’extérieur du bâtiment, le long du mur.

Je me suis dit qu’il devait y avoir un rassemblement dans le centre-ville, alors j’ai pris trois autres autobus pour me rendre à Aotea Square, où des gens s’étaient effectivement rassemblés. Être assis dans un bus, c’est beaucoup plus confortable que de marcher. Cela n’use pas les semelles. Une foule énorme s’était rassemblée en témoignage de sympathie. Les gens ont voulu exprimer leur compassion à l’égard des personnes touchées par ces attentats.