Les musulmans “persécutés” en France ? La réalité par les chiffres

L’ancien footballeur Vikash Dhorasoo a publié un message sur Twitter sur la “persécution envers les musulmans” de France après le débat sur le port du voile lors des sorties scolaires. 90 personnalités, dont Omar Sy, ont également signé une tribune afin de dénoncer ceux qui stigmatisent les musulmans.

interview publiée par le site atlantico.fr, le 18 10 2019

Atlantico.fr : Vikash Dhorasoo s’est exprimé sur Twitter dans le cadre du débat sur le port du voile lors d’accompagnements scolaires. Il affirme qu’ “il faut dénoncer la persécution envers les musulmans en France ! “. Cette déclaration fait écho à la pétition signée par beaucoup de personnalités médiatiques hier contre la haine des musulmans. Dans les faits, les musulmans sont-ils victimes de persécutions plus importante que les juifs ou les chrétiens ?

Gilles Clavreul : Dans les moments où les passions semblent l’emporter et où le buzz appelle le buzz, la sagesse commande de couper court à la surenchère, et ne surtout pas désigner tel ou tel à la vindicte. Ce sont des idées dont on peut débattre, et que le cas échéant il faut critiquer, non des personnes, sauf mauvaise foi manifeste. Je pars du postulat que la plupart des citoyens, et même la majorité des intervenants dans le débat public, sont au contraire de bonne foi et expriment des inquiétudes ou des indignations sincères ; ce qui n’oblige pas à être la dupe du jeu des entrepreneurs identitaires, qui soufflent sur les braises. Dans un climat tendu, c’est ce qu’a fait ce jeune élu du Rassemblement national, en prenant prétexte de la présence d’une femme voilée dans le public, lors de l’assemblée du conseil régional de Bourgogne-France-Comté, pour faire un esclandre. Rien ne va dans cette intervention, ni la forme, qui est humiliante, ni le fond, qui convoque des principes « laïques et républicains » qui n’ont jamais interdit le port de signes religieux parmi le public qui assiste aux assemblées élues, principes qu’au demeurant la formation auquel ce monsieur appartient a toujours combattus et méprisés. Son comportement, qui n’est pas digne d’un élu de la République, a soulevé une légitime réprobation.

Condamner cette provocation, refuser le dévoiement de la laïcité, ne pas confondre le combat des idées avec le dénigrement des personnes, voilà qui devrait nous unir. Pour autant, c’est vrai, la pétition parue sur une pleine page du Monde pose question : à la fois par ce qu’elle dit, en pointant un index accusateur non pas seulement, et en fait non pas tellement, vers le Rassemblement National, mais plutôt vers la droite et la gauche républicaines, en particulier vers Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, lorsqu’il dit que le voile des mères accompagnatrices est autorisé mais qu’il n’est pas « souhaitable ». Refuser l’amalgame entre islam et islamistes, c’est nécessaire ; mais si c’est pour tomber dans un autre amalgame, entre républicains et extrême-droite cette fois, ce n’est pas mieux. Mais cette pétition interroge aussi par ce dont elle ne parle pas, c’est-à-dire un contexte marqué par le dernier attentat islamiste à la préfecture de police, et par la progression régulière d’un islam radical qui, pour n’être pas toujours violent, porte des valeurs qui sont le contraire des principes de la République, et qui fonctionnent en partie sur des ressorts communs à ceux de l’extrême-droite : la dialectique « eux et nous », l’obsession pour l’identité, etc. Mal poser les sujets ou retenir des critères contestables pour lutter contre la radicalisation, évidemment ce n’est ni à encourager, ni à défendre : l’exécutif, qui a décidément du mal à tenir une ligne claire sur ces questions compliquées, s’attire des reproches justifiés lorsque le ministre de l’intérieur fait un portrait-robot caricatural du « radicalisé » (il n’y a qu’à le comparer aux profils des jihadistes ayant sévi ces dernières années pour s’apercevoir qu’une barbe longue n’est pas prédictif d’un passage à l’acte…). Mais cela n’invalide pas la lutte contre la radicalisation dans son ensemble : le risque terroriste n’est pas une fabrication de l’extrême-droite, la progression du séparatisme sur fond de prosélytisme islamiste non plus ! Là-dessus, la pétition du Monde reste silencieuse, comme si cela n’existait pas.