« Le 115, vous connaissez ?» : Paris compte ses SDF pour la Nuit de la solidarité

Pour la troisième année consécutive, la Mairie de Paris organisait sa nuit de la solidarité, une vaste opération visant à mieux connaître les SDF de la capitale.

article par Ulysse Bellier publié sur le site lemonde.fr, le 31 01 2020

De part et d’autre de cette rue parisienne, quatre chasubles bleues toisent les passants. Au croisement des rues André-Messager et Emile-Blémont, dans le 18e arrondissement, Brendan et Edouard passent sans vraiment prêter attention à l’homme assis sur un banc. D’un rapide coup d’œil, il leur faut déterminer s’ils font face à « une personne en situation de rue ». Les deux bénévoles néophytes, de 26 et 28 ans, sont-ils gênés ? Pierre Frotté, qui les suit de quelques mètres, lui, s’arrête, marque une pause avant de s’approcher. L’homme du banc, la trentaine, accepte qu’on lui pose quelques questions après que Nedra, la quatrième volontaire, lui a montré son gilet bleu « Nuit de la solidarité ». « Nous travaillons pour la Mairie de Paris. »

Dans la nuit du jeudi 30 au vendredi 31 janvier, environ 400 équipes réparties par secteurs ont parcouru l’ensemble des rues de Paris pour compter les sans-abri. L’an dernier, la deuxième édition de l’opération avait permis de recenser 3 641 personnes vivant sans domicile. Pierre Frotté, la cinquantaine, directeur d’une association de domiciliation pour ce public qu’il connaît bien, gère cette nuit la petite équipe de bénévoles. Il est 23 h 45, il entame la discussion avec cet homme assis sur un banc. Celui-ci, cigarette à la main, un verre vide posé près de lui, est chaussé de baskets blanches abîmées.

1 700 bénévoles mobilisés
« Vous savez où vous dormez ce soir ? » « Ça fait un mois que je dors dehors », raconte-t-il, à peine audible. La rue est calme, la pluie a cessé depuis la fin de l’après-midi, les pavés luisent à la lumière des lampadaires. Pierre commence à cocher des cases sur la feuille. Nedra, thésarde de 33 ans, s’est baissée pour poser les questions. Arrivé de Lyon il y a quelques semaines pour travailler à Paris, c’est la première fois qu’il se retrouve sans domicile. « Vous connaissez le 115 ? » Le sans-abri n’en a jamais entendu parler. Il demande si on va l’aider, là, maintenant. « Non, on ne fait que décompter ce soir, s’entend-t-il répondre. Mais on va vous donner un petit livret de la Mairie de Paris, il y a tout les contacts nécessaires. »