Laïcité : comment les enfants la perçoivent-ils ?

Comme après les attentats de Charlie Hebdo, l’assassinat de Samuel Paty a suscité son lot de propositions pour renforcer l’enseignement de la laïcité à l’école : le président du groupe « Les Républicains » à l’Assemblée nationale, Damien Abad, a notamment réclamé l’instauration de « cours sur les valeurs de la République et la laïcité », sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet des collèges, ainsi qu’une « épreuve de laïcité dans le concours d’enseignant ». Une enquête de 2017 note que les enfants du primaire s’accommodent plutôt bien de la laïcité 

article par Charles Mercier  Maître de conférences HDR en histoire contemporaine, Université de Bordeaux, publié sur me site theconversation.com le 03 01 2021

Mais qu’en est-il vraiment des connaissances des enfants sur ce principe républicain qui garantit la neutralité de l’État et des agents en matière de convictions religieuses ?

La laïcité plutôt bien identifiée par les enfants
Une enquête menée à Bordeaux au printemps 2017 montre que les écoliers sont loin d’être muets sur la laïcité. Sur les 160 élèves de CM1 et de CM2 qui y ont participé, 81 % ont été capables de répondre à une partie au moins du questionnaire, alors même qu’il avait été convenu avec les enseignants que la notion ne serait pas abordée en classe avant l’enquête.

Contrairement à ce qu’on pourrait supposer spontanément, ce ne sont pas les élèves issus d’établissements favorisés et homogènes sur le plan culturel qui ont obtenu le meilleur score : les classes des écoles en situation de mixité sociale et ethnique étaient sur la première marche du podium, comme si la diversité de l’environnement scolaire fournissait des ressources pour écrire sur la laïcité.

D’un point de vue qualitatif, les élèves de l’école privilégiée ont davantage réussi à formuler une définition experte du concept, mais ceux des autres écoles ont fourni des exemples plus nombreux, plus concrets, et davantage ancrés dans un vécu personnel.

On rejoint ici une observation faite par Annick Percheron, alors qu’elle s’intéressait à la socialisation politique des enfants des milieux populaires : il n’étaient pas en retard par rapport aux enfants des milieux aisés car ils faisaient l’expérience directe des faits politiques et sociaux dans leur quotidien.

Une source d’interdits plus que de libertés
Si l’on s’intéresse aux contenus attribués à la laïcité, il est frappant de constater que les jeunes enquêtés conçoivent la laïcité comme une source d’interdictions davantage que comme un dispositif qui garantit des droits. « On n’a pas le droit » est l’expression qui revient le plus souvent sous leur plume.