La justice sud-africaine rouvre les dossiers de l’apartheid

Autre développement récent, le ministre sud-africain de la Justice a annoncé la réouverture de l’enquête sur la mort du syndicaliste Neil Aggett, qui se serait suicidé après avoir été détenu et torturé par les services de la sûreté, en 1982.

Les silences devant la Commission-vérité

À l’instar de ceux qui avaient commis des crimes en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre du régime national-socialiste, presque tous les auteurs de l’apartheid ont été absorbés dans la vie civile et n’ont pas été punis.

La réouverture de ces affaires crée la possibilité de juger les auteurs de crimes contre l’humanité. Cela pourrait changer radicalement la façon dont les gens perçoivent ce qu’a été l’apartheid, comment il continue d’affecter le présent, et comment les gens vivent et comprennent impunité et injustice.

En 1995, un organisme aux allures de tribunal, la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), a été créé en Afrique du Sud. Quiconque se considérait avoir été victime de violences pendant l’apartheid pouvait se présenter et faire entendre sa voix. Les auteurs d’actes de violence pouvaient également témoigner et requérir une amnistie des poursuites. Hawa Timol a témoigné sur le meurtre de son fils. Cependant, aucun des agents de la sûreté impliqués dans l’arrestation et l’interrogatoire de Timol ne s’est manifesté. Personne n’a non plus demandé l’amnistie pour son rôle dans le meurtre de Timol. En 1971, Timol avait été la 22e personne à mourir en détention aux mains de la sûreté depuis qu’elle avait inauguré les détentions sans procès. Il était le septième à s’être soit disant suicidé.

Ahmed Timol était enseignant au moment de sa mort. ahmedtimol.co.za

Après les audiences de la CVR, Imtiaz Cajee, le neveu de Timol, a juré de demander justice pour sa famille. Son livre Timol : la quête de justice, a été publié en 2005. En 2017, l’enquête sur Timol a finalement été rouverte. Le 12 octobre, le juge Billy Mothle a rendu un jugement historique et infirmé les conclusions de l’enquête de 1972. Cette décision a affirmé ce que la famille Timol avait toujours soutenu : qu’Ahmed Timol ne s’était pas suicidé mais avait été assassiné par des membres de la sûreté sud-africaine, après avoir été interrogé et torturé.

Commission d’enquête sur l’échec des poursuites

Le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation a été publié en 2003. Trois cents affaires de violations flagrantes des droits de l’homme ont été transmises au ministère public, étant entendu qu’elles feraient l’objet d’enquêtes et que les responsables seraient poursuivis.