J’ai été blacklistée de France Télévisions pour avoir dénoncé la discrimination raciale

LA JOURNALISTE WAFA DAHMAN A TRAVAILLÉ PENDANT DIX ANS POUR FRANCE TV, ENCHAÎNANT LES CDD ET SUBISSANT DES INSULTES RACIALES. BLACKLISTÉE APRÈS AVOIR BRISÉ LA LOI DU SILENCE, ELLE PORTE PLAINTE AU PÉNAL AVEC DEUX AUTRES JOURNALISTES.

Si vous regardez France 3, vous avez probablement dû entendre ma voix dans un reportage ou voir mon visage lorsque je présentais le journal régional. J’ai travaillé pendant dix ans pour la télévision publique, et après autant d’investissement, la chaîne m’a jetée, sanctionnée en m’interdisant aujourd’hui de travailler.

Devant cette injustice, je n’ai pas eu d’autres choix, Au printemps 2016, j’ai porté plainte au pénal contre France Télévisions, sa présidente Delphine Ernotte et le DRH pour discrimination, harcèlement et abus de CDD. Je ne suis pas toute seule puisque deux autres journalistes, eux aussi d’origine maghrébine et qui ont subi la même discrimination, se sont joints à moi.

Un procès renvoyé

Comme l’a rapporté le Courrier de l’Atlas (link is external), Wafa Dahman et ses deux confrères, journalistes JRI (journaliste reporter d’images) ont porté plainte au printemps 2016 et sont passés une première fois au tribunal le 1er juin en demandant le renvoi du procès. France Télévisions est en effet entré en négociation avec les deux autres journalistes (qui sont des hommes) mais pas avec Wafa Dahman.

Cette dernière a gagné son procès aux prud’hommes au mois de novembre 2016. France TV a été condamné à l’indemniser de 10 000 euros et à requalifier son contrat en CDI, mais sans obligation de la réintégrer. Contactée par Streetpress, France Télévisions dit « contester toutes les accusations de Mme Dahman » et ne pas souhaiter « donner d’information supplémentaire sur un contentieux en cours. »

Les journalistes précaires sont légion à la télévision publique. Mais dans nos trois cas, la discrimination et le harcèlement ont aggravé cette précarité. Laissez-moi vous peindre le tableau.

En dix ans, j’ai signé près de 500 contrats courts
En général, les journalistes en CDD travaillent trois à quatre ans sur ce qu’on appelle le “planning”, où on enchaîne les contrats courts – d’un jour et quelques à plusieurs mois tout au plus – et ce dans la France entière. Puis ils postulent à des postes en CDI et sont pleinement intégrés à la rédaction.

En 10 ans de travail pour France 3, j’ai signé près de 500 contrats, effectué 1800 jours de collaboration. J’ai postulé huit fois pour des CDI, sans succès. Je n’ai jamais eu d’entretien.