” Impostor Buster “, ce robot logicel capable de démasquer les trolls racistes que Twitter a désactivé !

Un journaliste juif américain, las d’être harcelé par des néo-nazis, avait conçu un robot logiciel pour les démasquer. Mais le réseau social vient de le bloquer.

Yair Rosenberg, un journaliste américain, raconte dans une tribune au “New York Times” que, comme beaucoup de journalistes juifs couvrant la campagne de Donald Trump avant l’élection présidentielle, il a été harcelé par des partisans antisémites du candidat républicain.

Insultes racistes, photomontages avec chambre à gaz, il a eu droit à un flot d’attaques, au point d’être le deuxième journaliste le plus attaqué par ces trolls, selon une étude de l’Anti-Defamation League (ADL). Selon cette association américaine contre l’antisémitisme, il y a eu, entre août 2015 et juillet 2016, pas moins de 2,6 millions de messages antisémites sur Twitter, dont 19.253 visant des journalistes américains.

Plus de 800 journalistes ont été sujets à des attaques antisémites sur Twitter, 10 d’entre eux concentrant 83% des attaques. Yair Rosenberg ironise : “Mes parents ne m’ont pas élevé pour être un numéro deux, mais heureusement il y aura 2020.”

Après la victoire de Trump, il a décidé de contre-attaquer, en ciblant particulièrement les trolls imposteurs : plus vicieux que le raciste de base et ses injures, ces twittos créent des comptes en se faisant passer pour une de leurs cibles – Noirs, juifs ou musulmans, en général, avec des éléments marqués (kippa pour un juif, voile pour une musulmane, etc.) – ou en volant une photo ou un nom.Exemple avec ce simulacre de compte de rabbin, avec une photo volée du grand rabbin du Royaume-Uni :

“Je sais que ça surprend de ma part, mais les nazis n’étaient pas tous mauvais. Un petit nombre d’extrémistes seulement est allé trop loin.”Compte Twitter antisémite usurpant une photo de grand rabbin

Ces imposteurs participent ensuite à des discussions avec des utilisateurs de Twitter ayant beaucoup d’abonnés, pour lâcher des propos haineux qui semblent inattendus vu leur profil.

Un Golem numérique

Avec l’aide d’un développeur, Yair Rosenberg a mis au point un bot (un robot logiciel capable d’agir de façon autonome, comme ceux qui font beaucoup de ménage dans Wikipédia), appelé Impostor Buster (chasseur d’imposteur).

La créature, véritable “Golem de l’ère numérique”, s’est rapidement montrée capable de démasquer les imposteurs, empêchant ces derniers de duper leurs lecteurs dans les échanges. “Nous avons reçu d’innombrables remerciements de personnes alertées avant d’être victimes” (de ces impostures), écrit Rosenberg.

Les trolls néo-nazis ont alors tenté plusieurs tactiques : changer la photo de leur compte, revenir à leur ancien nom, ou encore tenter de simuler le bot lui-même ; aucune de ces contre-ripostes n’a fonctionné.

Les harceleurs jouent les victimes

Comprenant qu’ils ne parviendraient pas à battre le bot, les trolls ont alors recouru au signalement en masse : ils ont alerté Twitter en prétendant être, eux, les victimes de harcèlement. En avril, le réseau social a suspendu une première fois Impostor Buster, sans explication. Il a été rétabli après que l’équipe anti-cyberharcèlement de l’ADL a contacté Twitter.