L’Assemblée ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires

Employés et ouvriers représentent la moitié de la population active, mais seulement 3 % des députés.

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Avant le scrutin du 18 juin, 2,8 % des députés étaient d’anciens ouvriers ou employés alors que ces catégories représentaient la moitié de la population active, selon les données du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). A l’inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentaient 82 % des élus, cinq fois plus que leur part dans la population active. Compte tenu des candidatures présentées par les partis aux législatives de 2017 (et notamment de la composition des candidats La République en marche) cette situation ne changera guère dans la nouvelle Assemblée élue.

Les partis recrutent essentiellement parmi les diplômés. Pour être candidat, il faut appartenir aux réseaux du pouvoir et tisser des liens qui dépassent la sphère politique (amis, relations de travail, etc.), savoir et oser s’exprimer en public. Il faut également pouvoir consacrer de longues heures à la politique au-delà de son temps de travail pour s’investir dans les réunions où les enjeux de pouvoir se décident. Enfin, les salariés du privé sont très défavorisés : en cas d’échec après un premier mandat, rien ne garantit leur avenir professionnel.

Cette situation appelle deux remarques. Premièrement, l’absence des milieux populaires traduit une mutation des partis qui habituellement les représentaient du fait de l’effondrement du parti communiste et de l’embourgeoisement du parti socialiste. C’est à leur niveau, à gauche comme à droite, que l’écart se creuse.

Deuxièmement, l’écart est considérable entre le débat suscité par l’absence des femmes au Parlement et celui, inexistant, sur la représentation des milieux populaires. Il n’existe par exemple aucun « Haut conseil à la parité sociale » en France. Pas plus que pour la représentation des sexes, celle des catégories sociales ne garantit une politique plus égalitaire ou plus juste, mais les ouvriers et les employés ne s’y expriment plus ne préoccupe pas vraiment les commentateurs.

Evolution de la représentation des catégories populaires à l’Assemblée nationale de 1871 à nos jours 

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Les catégories populaires (ouvriers et employés) représentaient 18,8 % des députés lors de la première législature (1946-1951) de la IVe République, qui comptait 98 députés venus de leur rang sur 522. Ce sera la représentation la plus forte depuis la création de l’Assemblée nationale et jusqu’à aujourd’hui.

En 1958, cette part était déjà revenue à 4,1 %. La poussée de la gauche aux élections de 1967 (Ve république) a conduit à une remontée à 9,2 % de l’ensemble ouvriers et employés. Une législature qui dure peu : l’Assemblée est dissoute en mai 1968. Par la suite, la représentation des catégories populaires ne va cesser de se réduire, alors que cet ensemble constitue toujours environ la moitié de la population active.