Il y a quoi dans le formulaire de la bonne Noire ?

Pour mon entourage, je me comporterais comme une personne blanche. Leurs remarques invisibilisent le racisme et le sexisme que je subis, cautionnent des stéréotypes racistes et réduisent mon identité à ma couleur de peau.

article par Yelow L.  publié sur le site lazep.fr, le 02 09 2020

Aujourd’hui, quelqu’un m’a dit : « Ne le prends pas mal, mais tu es la plus blanche des Noires que je connais. » Pause. Y aurait-il un modèle type de personne noire ? Une liste avec des cases à cocher pour être considérée comme une vraie personne noire ? N’aurais-je pas passé le test ? Moi qui pensais naïvement que, avec ma mélanine, l’affaire était pliée. Ma peau me dit que je suis noire, les gens me disent que je suis blanche.
Plus qu’un simple collègue, ce quelqu’un est un ami. Au quatrième jour du confinement, nous avions organisé un « déjeuner virtuel ». L’approche de ce rendez-vous qui raviverait ma vie sociale me réchauffait le cœur. J’aurais sans doute dû me méfier quand il a commencé sa phrase par « ne le prends pas mal ». Ce n’est jamais bon signe. Mais quand ces mots sont arrivés à mes oreilles, je n’ai pas réagi. Par incompréhension d’abord, car ce que je racontais était banal, si banal que je ne m’en rappelle même plus.

Et aussi parce que c’est un ami qui est lui-même issu d’une minorité. Mais il m’avait prévenue : il ne fallait pas que je le prenne mal. Alors, j’ai continué à parler comme si de rien n’était et me suis efforcée de ne pas le prendre mal, comme il me l’avait demandé.

Tout faire plus et mieux que les autres
Comment peut-on m’ôter, me nier mon identité de personne noire, alors que c’est elle qui, depuis ma naissance, conditionne et définit ma place dans la société ? Ma place en tant que femme noire.

En tant que fille, puis femme noire, j’ai vite compris ma place dans la hiérarchie sociale. Hiérarchie qui existe qu’on le veuille ou non, qu’on la voit ou non. Moi je l’ai vue, malgré moi, telle une grosse claque en pleine figure, dont je ne me suis jamais complètement remise.

Petite d’abord, quand j’ai reçu mon premier « sale Noire » de la bouche d’un petit garçon. Effet glacial. Puis, tout au long de mon enfance quand divers membres de ma famille me préparaient à tout faire, plus et mieux que les autres, pour la simple et bonne raison que je suis Noire, Africaine qui plus est. Il fallait donc travailler plus dur (pour gagner pareil, si ce n’est moins), être plus disciplinée (pas question de renvoyer une image de délinquante), être plus propre (dans l’espoir de ne plus être une « sale Noire »).