Haine en ligne : Facebook plie, mais pas assez pour stopper le boycott des multinationales

En menaçant de se retirer du réseau social dès juillet, des annonceurs ont contraint Facebook à prendre de nouvelles mesures contre le racisme et la haine. Insuffisant, estiment toutefois Starbucks, Coca-Cola ou Unilever.

article publié siur le site courrierintenational. com , le 29 06 2020

Peut mieux faire. C’est en résumé la réponse à Facebook des multinationales engagées dans le boycott de la publicité sur le réseau social aux États-Unis. Les déclarations, vendredi 26 juin, du patron de l’entreprise, Mark Zuckerberg, en direct sur sa page Facebook, appuyées dans la foulée sur CNN par son vice-président, Nick Clegg, ne suffisent pas.

Ce sont aujourd’hui plus de 160 entreprises, et pas les moindres, qui ont rejoint la campagne Stop Hate for Profit lancée le 17 juin par des associations de lutte contre le racisme, dont la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), Color of Change et l’Anti-Defamation League, pour pousser le géant de l’Internet à en faire plus contre la haine et le racisme en ligne, en plein mouvement Black Lives Matter.

Mark Zuckerberg a annoncé vendredi que tout message haineux serait désormais interdit dans les publicités (visant directement la campagne de Donald Trump) et que tous les messages qui mentionneraient le vote seraient assortis d’un avertissement, mais laissés en ligne. Ce qui inclut là encore un certain nombre de posts du président Trump, qui relèvent régulièrement de l’incitation à la haine raciale. Fin mai, Facebook avait été largement critiqué pour n’avoir pas suivi Twitter, qui avait ajouté à deux tweets du président américain la mention “contenu trompeur”.

Des millions de dollars
Malgré cet infléchissement de la politique du réseau social, Starbucks, Honda ou encore Levi Strauss viennent de s’associer à la campagne, détaille le New York Times. Si de “nombreux participants au boycott sont de petites entreprises, qui représentent la majeure partie des 8 millions d’annonceurs de Facebook”, les grandes entreprises qui ont récemment rejoint le mouvement “dépensent des millions de dollars par an sur la plateforme”.

C’est le cas de Coca-Cola, dont le budget consacré à Facebook est estimé à 22,1 millions de dollars. Dans un communiqué vendredi, la compagnie a annoncé profiter de cette période de retrait des réseaux sociaux (Twitter est également visé) pour réévaluer sa politique et ses règles publicitaires, appelant tous les réseaux sociaux à “plus de responsabilité, d’action et de transparence”. Starbucks et ses 94,9 millions de dollars élargit également le boycott à Twitter, et a rejoint la campagne samedi, au lendemain des déclarations de Mark Zuckerberg. Pour Levi Strauss et ses 2,8 millions de dollars, “notre réengagement dépendra de la réponse de Facebook”, poursuit le New York Times.

Internationalisation

La multinationale Unilever (Dove, Lipton…) a encore durci le ton, en s’engageant “à suspendre ses dépenses sur Facebook aux États-Unis pour le reste de l’année”, explique ABC News. Cependant, précise la chaîne australienne, “cela ne représente qu’environ 10 % des 250 millions de dollars de dépenses de publicité annuelles d’Unilever sur Facebook, selon Richard Greenfield, de la firme de recherche sur les médias et la technologie LightShed”. Signe que la situation pourrait encore empirer pour Facebook, dont le cours de l’action a chuté vendredi de plus de 8 %, poursuit le média.