Funérailles républicaines : quand la République accompagne les défunts


On connaissait le mariage civil et le baptême républicain. L’Assemblée nationale ouvre désormais la voie à un nouveau rituel laïque : des funérailles républicaines, organisées dans les locaux des mairies.

Que dit le texte ?

La proposition de loi socialiste, adoptée par les députés, le 30 novembre 2016, attendait d’être examinée depuis fin 2014. Le texte ne comporte qu’un seul article.

Il prévoit que « chaque commune, dès lors qu’elle dispose d’une salle municipale adaptable, met celle-ci à disposition des familles qui le demandent et garantit ainsi l’organisation de funérailles républicaines qui leur permettront de se recueillir ».

« Cette mise à disposition est gratuite », et, « à la demande de la famille du défunt, un officier de l’état civil de la commune peut procéder à une cérémonie civile », précise la proposition de loi.

Qui l’a voté ?

Les radicaux de gauche et le Front de gauche ont soutenu la mesure, les centristes de l’UDI y étant aussi majoritairement favorables. Les députés Les Républicains, tout en jugeant les intentions « louables », se sont interrogés sur son « utilité », craignant notamment de nouvelles charges pour les communes et la mise en difficulté de maires face à de nouvelles tâches sensibles.

Quels désaccords ?

La secrétaire d’État chargée des Collectivités a jugé « légitime et souhaitable que la République puisse apporter son soutien dans les moments les plus difficiles, comme pour les plus joyeux ». 

Estelle Grelier a salué un “message politique et symbolique très fort” sur ce sujet « pas ordinaire » de la mort. Elle a jugé que « faire vivre la laïcité, ce n’est pas seulement la protéger, la préserver, c’est lui donner les moyens d’évoluer et de répondre aux mutations de la société ».

Côté Les Républicains, Jean-Pierre Decool (apparenté) a salué une ambition « louable ». Mais il a estimé que ce texte imposait aux maires « une nouvelle charge », hors de leur compétence. « Chacun son métier », a-t-il notamment plaidé.

Philippe Gosselin (LR), bien que n’y voyant « sur le principe absolument rien de choquant »,s’est interrogé sur « l’utilité » du texte.

Le député de la Manche a dénoncé comme « archifaux » l’affirmation du rapporteur que cela n’aurait « aucun coût » pour les communes. Ce membre de l’Entente parlementaire pour la famille a aussi souligné que « tous les professionnels du funéraire » ont une obligation de formation, parce qu’« on ne s’adresse pas n’importe comment à une famille endeuillée ».

L’élu d’extrême droite et maire d’Orange, Jacques Bompard, a fustigé un texte « foncièrement idéologique ». Il a accusé la gauche de vouloir transformer les édiles « en croque-morts ou en curés » et « ridiculiser » leur fonction.

C’est nouveau ?

Le choix de funérailles civiles est reconnu par la loi depuis le XIXe siècle. En réalité, faute d’obligation pour les communes de les accueillir, les options s’offrant aux familles « restent encore très limitées » et elles sont « souvent contraintes d’accepter des obsèques religieuses », a expliqué le rapporteur du texte Hervé Féron (PS).Avec cette proposition, qui devra désormais être examinée au Sénat, « le défunt et sa famille seront accompagnés par la cité », s’est félicité le député de Meurthe-et-Moselle. Il estime que cela permettra de « mettre en application plus d’un siècle après sa promulgation » la loi de 1887.

Un vrai besoin ?

L’Insee a recensé près de 600 000 morts en France, en 2015. Aujourd’hui, on estime que 4 Français sur 10, se déclarent athées ou non-croyants. Les auteurs du texte sont partis du principe que “les citoyens qui ne se réclament d’aucune religion se trouvent démunis et attendent de notre République qu’elle leur offre des perspectives pour accompagner leurs morts”.