Pour une laïcité orientale et personnaliste dans le monde arabe

Depuis l’invasion de l’Irak en 2003 et jusqu’à l’avènement des mouvements de ce qu’on a appelé « printemps arabe » à partir de 2010, les répercussions des bouleversements opérés semblent dépasser le cadre local et régional pour acquérir une ampleur mondiale. En effet, il s’agit d’une destruction massive de ce qu’on appelle « l’ancien régime arabe ».

Une tribune de professeur d’histoire à Beyrouth publiée par le site theconversation.com, le 09 03 2019

Quant au projet de l’islam politique, représenté par le mouvement des Frères musulmans, il s’est trouvé lui aussi dans l’impasse en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Syrie et en Libye. En d’autres termes : l’islam, contrairement au slogan des Ikhwan-s (Frères musulmans), n’est plus perçu comme « la solution ». Pour beaucoup d’intellectuels et d’observateurs de langue arabe, il est temps d’entreprendre une nouvelle Renaissance.

La grande question qui se pose ici : quelle est l’idée matrice autour de laquelle établir un projet de civilisation dans ses dimensions politique, sociale, économique et culturelle qui soit compatible avec les aspirations et les besoins des populations arabes ?

La réponse n’est pas du tout évidente. Néanmoins, quelques éléments semblent être déjà élaborés, à savoir : une forme de laïcité qui soit compatible avec la réalité des sociétés orientales de langue arabe.

L’appel en faveur d’une « société laïque-scientifique »

La laïcité en tant qu’idée philosophique et politique ne date pas du XXIe siècle. En effet, c’est en 1861 qu’un homme de lettres, le maître Butrus al-Bustânî (1819-1983), qualifié de « Diderot des Arabes », exprime explicitement dans sa revue La trompette de la Syrie la nécessité de séparer politique et religion.

Les événements qui ont frappé le monde arabe depuis 2010 ont fait réémerger des questions que les sociétés arabes avaient cessé de poser durant l’époque de l’ancien régime, représenté par des gouverneurs totalitaires qui se déclaraient arabistes : la liberté de conscience et de conviction est-elle envisageable hors un système de vie où l’on sépare État et religion, temporel et spirituel ?

Le philosophe libanais, Nassîf Nassâr, s’emploie à son tour, depuis 1970 – date de la parution de son livre « Pour une nouvelle société » –, de promouvoir la laïcité comme réponse à la crise des sociétés de langue arabe. D’où son appel à la construction d’une nouvelle société qu’il qualifie de « société laïque-scientifique » basée sur le rationalisme et la science.

C’est dans cette « société laïque-scientifique » que l’on peut supprimer le confessionnalisme politique et assurer la survie des « communautés religieuses » ainsi que les libertés des individus.

La solution de la « laïcité douce »

De même, le professeur de philosophie à l’Université libanaise, Mouchir Bassil Aoun, se situe dans la lignée de Bustânî et Nassâr, proposant la « laïcité douce » comme solution non seulement pour la confrontation entre islam et christianisme, mais aussi comme réponse à la crise de la liberté dans l’islam.