Education nationale : «9-3», v’là les renforts des grandes écoles

La promo pionnière du Teach for France, financé et piloté en partie par le secteur privé, achève sa première année : des diplômés de Sciences-Po ou de HEC enseignent dans des établissements REP de banlieue parisienne. Quitte à créer des inégalités parmi les contractuels.

La sonnerie de 13 h 30 a retenti depuis une dizaine de minutes ce mardi de mai dans la salle 309 d’un collège de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. La moitié des élèves sont encore debout, en train de déambuler entre les chaises ou de s’agiter bruyamment. Jules Castro, professeur de mathématiques, fait partie de la première «cohorte» de volontaires du projet Teach for France. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’enseignant débutant réussit enfin à calmer sa sixième C et entame son chapitre sur les fractions dans un silence fragile. Il y a un an pourtant, ce fils d’architectes diplômé de Sciences-Po en «finance et stratégie» s’orientait vers une tout autre carrière : son master en poche, il avait rejoint un cabinet de conseil comme consultant en stratégie. Mais lorsqu’il assiste à un discours donné dans l’école de la rue Saint-Guillaume par la fondatrice de l’association, Nadia Marik-Descoings, la proposition le séduit aussitôt. «J’ai toujours été très politisé et je me suis dit que ce serait le moyen de m’engager concrètement», se souvient le Parisien de 25 ans.

Le projet Teach for France est né dans le bureau de la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, en 2015, sous l’impulsion de Nadia Marik, ancienne directrice adjointe chargée de la stratégie et du développement de Sciences-Po et veuve de son ancien directeur Richard Descoings. Il est la version française du réseau Teach for All, un concept imaginé par Wendy Kopp, étudiante à l’université de Princeton, qui créa Teach for America en 1990. Son ambition ? Permettre à des diplômés des plus grandes universités d’enseigner deux ans dans les zones les plus défavorisées des Etats-Unis, afin de corriger les inégalités scolaires. Aujourd’hui, une quarantaine de pays ont ouvert des antennes nationales adaptées à leur système éducatif, du Royaume-Uni au Brésil en passant par le Liban. «Nous sommes totalement indépendants de la branche américaine, mais notre combat est le même : réduire l’inégalité des chances», précise la déléguée générale de l’association, Agueda Perez.

«Beau défi»

Les 29 enseignants de la première promotion française viennent de certaines des plus grandes écoles, de Sciences-Po Paris à HEC en passant par l’Essec. Ils achèvent actuellement leur première année d’enseignement en mathématiques, histoire-géographie, lettres, anglais ou SVT. Tous ont été répartis dans des collèges de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, rattachés à l’académie de Créteil et pour la plupart en réseaux d’éducation prioritaire (REP), le programme qui a remplacé celui des zones d’éducation prioritaire (ZEP) en 2015. Dans le «9-3», l’académie fait de plus en plus appel aux contractuels, des CDD qui remplacent les titulaires. En mars, le département en comptabilisait 2 311 dans le second degré, soit 17 % du corps enseignant, selon une estimation du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes). Il faut désormais également compter sur les dizaines de contractuels formés par Teach for France, pour lesquels cette ligne sur leur CV est un plus.