Discours de Victor HUGO du 14 janvier 1850 lors de la discussion de la loi Falloux.

Victor Hugo s’éleva vigoureusement contre la loi Falloux, qui livrait l’enseignement aux cléricaux (1). Dans son célèbre discours du 14 janvier 1850 (il développera son argumentation le lendemain (2), il rappelle les principes du laïcisme : droit à l’instruction gratuite à tous les degrés, instruction obligatoire, instruction laïque à l’abri de toutes influences dogmatiques, autoritaires. Victor Hugo n’a eu de cesse de dénoncer ce parti qui s’imagine «que la société sera sauvée parce qu’il aura combiné, pour la défendre, les hypocrisies sociales avec les résistances matérielles, et qu’il aura mis un jésuite partout où il n’y a pas un gendarme».

Discours du 14 janvier 1850 lors de la discussion de la loi Falloux.

“Je ne veux pas de la loi qu’on vous apporte.

Pourquoi ?

Messieurs cette loi est une arme. Une arme n’est rien par elle-même, elle n’existe que par la main qui la saisit.

Or, quelle est la main qui se saisira de cette loi ? Là est toute la question.

Messieurs, c’est la main du parti clérical !

Messieurs, je redoute cette main, je veux briser l’arme, je repousse le projet.
Cela dit, j’entre dans la discussion.

Je m’adresse au parti qui a, sinon, rédigé, du moins inspiré le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je ne sais pas s’il est dans l’assemblée, mais je le sens un peu partout. Il a l’oreille fine il m’entendra. Je m’adresse donc au parti clérical, et je lui dis cette loi est votre loi.

Tenez, franchement, je me défie de vous. Instruire, c’est construire. Je me défie de ce que vous construisez.

Je ne veux pas vous confier l’enseignement de la jeunesse, l’âme des enfants, le développement des intelligences neuves qui s’ouvrent à la vie, l’esprit des générations nouvelles, c’est-à-dire l’avenir de la France, parce que vous le confier, ce serait vous le livrer.

Il ne me suffit pas que les générations nouvelles nous succèdent, (mais) qu’elles nous continuent. Voilà pourquoi je ne veux ni de votre main, ni de votre souffle sur elles. Je ne veux pas que ce qui a été fait par nos pères soit défait par vous. Après cette gloire, je ne veux pas de cette honte.

Votre loi est une loi qui a un masque. Elle dit une chose et elle en ferait une autre. C’est une pensée d’asservissement, qui prend les allures de la liberté. C’est une confiscation intitulée donation. Je n’en veux pas.