Diplomatie : « La question des droits de l’homme ne peut être rangée dans un tiroir classé “humanitaire” »

L’Europe est au cœur de la bataille idéologique de notre temps. Sur la scène internationale, un Etat défend ses intérêts matériels mais aussi politiques au sens où il s’efforce de promouvoir, pacifiquement, des valeurs conformes aux siennes. Les autocraties russe et chinoise sont, l’une et l’autre, attachées à assurer à leur mode de gouvernement une légitimité internationale au moins aussi forte que celle de la démocratie libérale.

Menace existentielle
Xi Jinping et Vladimir Poutine combattent l’universalité de la conception occidentale des droits de l’homme – en gros, celle de la Charte de l’ONU. Ils voient dans cette conception une affaire « culturelle » et, ce qui compte encore plus, une menace existentielle pour leurs régimes. Ils dénigrent les « valeurs occidentales » et s’interrogent : au nom de quoi les Etats-Unis, qui ont mis l’Irak à sac en 2003, par exemple, ou l’Europe, qui fut celle des crimes de la colonisation, parmi d’autres, donneraient des leçons de morale à quiconque ?

Donald Trump partageait leur avis, celui d’une « équivalence morale », entre régimes politiques. L’ancien président ne croyait pas que les Etats-Unis d’Amérique, parce que nés sous les auspices bienfaisants des Lumières européennes, devaient défendre les droits de l’homme sur la scène internationale.

Joe Biden pense le contraire. Il souligne les manques passés et présents de son pays, ses ratages et ses contradictions en la matière, mais il remet les droits de l’homme dans la panoplie diplomatique américaine. Il dénonce le sort fait à Navalny et à ses partisans. Il veut placer la Chine de Xi face à ses responsabilités au Xinjiang, au Tibet, à Hongkong, en mer de Chine et dans le cyberespace. Certes. Mais entre le brutal cynisme trumpien, indifférent à la nature des régimes, et le droit-de-l’hommisme intégriste, pour qui tout en dépend, quel est le bon dosage de politique étrangère ?

Il y aurait un champ pour les sanctions, un autre pour la coopération.

Réfléchissant à l’action diplomatique dans un monde interconnecté, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait défini sa « ligne » en janvier 2009 : « Dans nos relations avec des pays comme la Chine, les droits de l’homme ne peuvent pas faire obstacle à la coopération sur des sujets tels que l’économie, le changement climatique et la sécurité. »

La bataille idéologique entre autocraties et démocraties s’arrêterait là où commencent les intérêts partagés des uns et des autres. Il y aurait un champ pour les sanctions, un autre pour la coopération. Exemple : au moment où Biden prend la défense de Navalny, il renouvelle avec Poutine un accord bilatéral sur les armes nucléaires.