“Il manque à l’islam de France des Bernanos musulmans, intellectuels autant que croyants”

Le rapport de l’Institut Montaigne intitulé “La fabrique de l’islamisme”, dirigé par un proche d’Emmanuel Macron, suscite de nombreuses réactions. “Marianne” a questionné Didier Leschi, président du conseil de direction de l’Institut européen en sciences des religions, auteur de “Misères de l’islam de France”.                                                                                                                                              
Le rapport de l’Institut Montaigne dirigé par Hakim El Karoui est contesté en particulier parce qu’il fait un diagnostic très alarmant de la progression de l’islamisme en France. Partagez-vous cette analyse ?

Didier Leschi* : Le rapport a le mérite de faire la synthèse des recherches universitaires menées depuis une vingtaine d’années. Cette mise en perspective permet de montrer le lien qui existe entre un islam salafiste, sponsorisé par l’Arabie saoudite en particulier, et la progression en France de pratiques sectaires de l’islam. La caractéristique de cet islamisme, c’est le refus de l’altérité. Dans les pays musulmans, cela se traduit par la réduction du spectre des différences, qu’elles soient religieuses, sexuelles, sociétales, par la violence physique ou juridique.

En France, c’est la volonté de marquer en permanence l’espace public de sa religiosité. Ce sont les pressions exercées sur des personnes de culture musulmane afin de contrôler leur mode de vie, ce qu’elles mangent par exemple dans les cantines. C’est aussi la volonté de remettre en cause des acquis sociétaux, comme l’égalité homme femme, ce que symbolise le développement des variétés de voiles islamiques. Dans le secondaire, cela peut-être le refus de tout enseignement du fait religieux au nom du fait que l’enseignant blasphèmerait en contextualisant l’émergence des phénomènes religieux.

Selon Hakim El Karoui, pour contrer les islamistes, “les musulmans modérés trop silencieux doivent s’emparer des débats”. Cela semble de bon sens, ou bien n’est-ce pas une manière de donner le pouvoir une « élite musulmane » qui saurait, elle, où est la vérité ?