Des Français beaucoup plus solidaires qu’on ne le croit

Beaucoup de lieux communs sur les Français, véhiculés par l’opinion et les médias, méritent discussion. L’idée d’un Français, toujours mécontent, exaspéré à la fois par le gouvernement et par toutes les élites politiques, est plutôt confirmé par les sondages d’opinion. Mais qu’en est-il de l’affirmation omniprésente d’une montée de l’individualisme ? L’idée que chacun ne penserait plus qu’à lui-même et défendrait toujours et avant tout ses propres intérêts, sans se soucier des autres, est une idée fausse. Les Français sont beaucoup plus solidaires qu’on ne le pense

analyse de Pierre Bréchon publiée sur le site theconversation.com, le 26 01 2020

Pour arriver à cette conclusion, je me suis appuyé sur des enquêtes quantitatives faites auprès d’échantillons représentatifs de la population, ce qui permet de mesurer, avec une certaine objectivité, l’état des opinions et des valeurs dans un pays.

J’utilise ici – pour la France – un des grands standards des enquêtes européennes sociopolitiques, la European Values Study, réalisées tous les neuf ans depuis 1981 et dont la dernière étude date de 2018.

Les Français se sentent-ils solidaires d’autrui ? L’altruisme se renforce-t-il ou est-il en recul ?

La générosité, qualité phare pour 44 % des Français
Au cours du questionnaire, onze qualités ont été présentées aux participants, leur demandant d’en citer jusqu’à cinq qui seraient selon eux les plus importantes à encourager chez les enfants. 44 % des répondants ont cité la générosité – en 5e position du palmarès – contre 40 % en 1990, 41 % en 1999, 39 % en 2008. Cette qualité semble donc un peu plus soutenue qu’avant. Sans être aussi plébiscitée que la tolérance et le respect d’autrui (85 %), les bonnes manières (74 %), le sens des responsabilités (64 %), la détermination (46 %).

L’enquête pose aussi depuis 1999 une série de questions pour mesurer le degré d’altruisme des enquêtés : se sentent ils concernés par les conditions de vie de leurs concitoyens ?

Selon le graphique 1 que nous observons, neuf catégories de personnes sont prises en compte, cinq de nature géographique (solidarité avec les gens vivant à proximité ou très loin), quatre de nature sociale (solidarité avec des catégories plus ou moins défavorisées).

Graphique 1 sur la solidarité. La France des valeurs
L’altruisme envers les défavorisés est beaucoup plus fort qu’à l’égard des habitants d’une aire géographique donnée. Notons cependant que la solidarité avec les immigrés est nettement moins affirmée qu’à l’égard des personnes âgées ou des malades et handicapés.