Déconfinement : à Paris, des libraires émus aux larmes

Crossy n’en revient toujours pas. Crossy, c’est mon vélo. Dimanche soir, je suis allé frapper à la porte de son local à bicyclettes. « J’espère que tu es prêt parce qu’une page se tourne! Demain (lundi ) les libraires rouvrent et nous irons leur rendre visite dans tout Paris déconfiné. » Il en frétillait des loupiotes. Enfin de l’action. Des côtes, des descentes, du faux-plat. Le déconfinement, ça ne replace pas simplement les choses en perspective, ça les met en relief. Ce lundi matin donc, nous partîmes la fleur au guidon et le nez au vent (de face). Paris faisait sa maussade. Elle avait le ciel chafouin. Il est vrai qu’elle avait sacrément arrosé toute la nuit son déconfinement.

article par Pierre Vavasseur publié sur le site le parisien.fr, le 12 05 20220

La première étape qui nous offrit le gîte et l’ouvert s’appelait « Parallèles », au début de la rue Saint-Honoré, dans le quartier des Halles. « Tu devrais commencer par là, m’avait-on finement dit en conf’, non seulement c’est près de chez toi, ils sont libraires mais ils font aussi disquaire. » Sur la porte en verre, une affichette résumant les règles du jeu : « Merci de porter un masque, de respecter une distance de 1 mètre minimum, et de limiter autant que possible la manipulation des ouvrages ».

La gardienne des lieux s’appelle Agathe Lebel. Si la librairie existe depuis 1972, partageant ses rayons entre nouveautés, occasions et disques, elle y travaille depuis sept ans. Ces huit semaines de confinement lui ont été un petit supplice. Agathe habite bien au-delà du kilomètre réglementaire. « Parfois je me suis dit : « je viens quand même ». Du coup ce lundi matin, elle n’a pas ramené que sa fraise. Mais celles, aussi, d’un masque fantaisie qui en est couvert. Sur la caisse, du gel bien en évidence. Le terminal à carte bancaire, nettoyé après chaque paiement. « Sinon, dit-elle, avec un franc sourire dans les yeux, j’ai l’impression d’une rentrée des classes. »

« On n’a jamais autant parlé des livres que pendant ces deux mois »
Dès 10 heures du matin, les premiers fidèles ne se sont pas fait attendre. L’un d’eux la tutoie. Depuis l’aube il était dans les starting-blocks.Le libraire s’appelle Ludovic Kordo. Dans le ciel, il est steward, sur terre il fait de la musique en indépendant. Il a réalisé un album qui est en dépôt chez Agathe. Le titre ? « Finding happyness ». « En trouvant le bonheur ». Le déconfinement les y aide tous les deux.