De la vérification à la discussion : les nombreuses méthodes de fact-checking

Le fact-checking ne date pas d’hier. Dès son lancement, en 1923, le magazine Time avait déjà recruté une équipe de fact-checkers. Leur rôle à l’époque : vérifier scrupuleusement toutes les informations avant qu’elles ne soient publiées. Aujourd’hui les méthodes de fact-checking se sont diversifiées

article de Manion Berriche publiée sur les site theconversation.com, le 19 01 2020

A l’ère du numérique, l’essor des réseaux sociaux a entraîné un bouleversement du fonctionnement de l’espace public traditionnel. Comme l’explique Dominique Cardon dans son livre La Démocratie Internet, la pertinence attribuée à une information ne résulte plus d’une évaluation normative de son contenu par des experts mais émane plutôt d’une « agrégation numérique ». C’est-à-dire que, désormais, les informations exposées sur la toile ne sont plus filtrées en étant au préalable passées au crible par des experts et journalistes. Elles sont à la place hiérarchisées a posteriori par des algorithmes de classement et de référencement qui dépendent en partie des clics et « likes » des internautes.

Essor du journalisme de vérification

Cette reconfiguration de l’espace public ouvre ainsi la porte à de nouveaux contenus, pas toujours vérifiés, ni toujours pertinents, pour le débat public, parmi lesquels certaines fake news.

Dans ce nouveau contexte, les rubriques de fact-checking ont largement augmenté depuis une dizaine d’années afin de valider cette fois-ci a posteriori l’exactitude des chiffres et des informations énoncées publiquement. En Europe, par exemple, plus de 90 % des sites de fact-checking ont été établis depuis 2010, avec une intensification accrue ces dernières années.

Ainsi, en France, Libération, via sa rubrique « Désintox » (2008), fait figure de pionnier. D’autres médias ont suivi avec notamment « Les Décodeurs » (2014) pour le journal Le Monde, l’émission radio dédiée de France Info « Le Vrai du Faux » (2012) ou encore « AFP Factuel » (2017) pour l’Agence France Presse.

Les Décodeurs. Le Monde

Info fact-checkée, info approuvée ?

Face à l’émergence de ce nouveau mode de traitement journalistique de l’information, le public peut ainsi se tourner de plus en plus vers des vérifications réalisées par des experts pour s’assurer de la validité de différents contenus.

Un sondage réalisé par les étudiants de Sciences Po auprès d’une centaine de personnes révèle d’ailleurs que 90 % d’entre elles se disent familières des méthodes de fact-checking et très favorables à leur développement.

Mais au-delà de cette appréciation positive du fact-checking par le grand public se pose la question de son efficacité : dans quelle mesure celui-ci permet-il réellement de discréditer certaines fake news et d’endiguer la formation de croyances infondées ?

À cette question, plusieurs études, et notamment une méta-analyse – qui combine les résultats de plusieurs études scientifiques indépendantes –, indiquent un effet général significatif du fact-checking sur les opinions individuelles pour contrer certaines fausses informations.

Identifier les formats et les méthodes de fact-checking les plus efficaces

Finalement, l’enjeu actuel est surtout d’identifier les formats et méthodes les plus ajustés pour convaincre le grand public. Sur ce point, une expérience a par exemple montré qu’il pouvait être plus efficace de proposer des visualisations de données synthétisant le nombre de propos trompeurs tenus par des hommes ou femmes politiques, pour fournir aux gens des indicateurs sur la fiabilité de certains émetteurs d’information, plutôt que de procéder à des rectifications énoncé par énoncé.

Alexander Agadjanian et al.2019Author provided

Une autre recherche a aussi suggéré que le recours à des formats vidéo pouvait s’avérer particulièrement persuasif. Ainsi, bien que YouTube soit fréquemment accusé de faciliter la diffusion d’informations erronées, sans doute n’est-il pas inutile de souligner que dans le même temps cette plate-forme a aussi permis l’émergence de nombreux vidéastes dont l’objectif est précisément de démonter les fake news, comme Aude Favre et sa chaîne WTFake.

Le lama, mai 2019.

La politique privilégiée au détriment des infos scientifiques

Si les études scientifiques montrent que le fact-checking peut être efficace pour lutter contrer la prolifération d’informations fallacieuses, il faut néanmoins noter que certains thèmes sont parfois moins traités par les rubriques de fact-checking.