“De ‘bougnoule’ à ‘racisé’, chronique d’un racisme ordinaire”

La racialisation de l’islam, par leur vision stéréotypée et orientaliste des musulmans, allait donc de soi. Les islamistes ont aussi pour stratégie de racialiser leur religion. Ils ne parlent pas des « Arabes » mais des « Musulmans » (avec un « M » majuscule). Tout Maghrébin ou Français d’origine maghrébine est censé être musulman de naissance. S’en émanciper devient un acte contre nature. Refuser l’assignation identitaire à l’islam, refuser l’inclusion à sa frange extrémiste, est vécu comme une trahison. Telle est « la liberté de croire et de ne pas croire ».

Ma lutte féministe et laïque contre l’islamisme, ma visibilité publique, rendent ces discriminations et ces propos racistes encore plus nombreux et violents

L’alliance entre les racialistes et les islamistes est donc naturelle. Les « Musulmans » des quartiers populaires sont sommés de s’y rallier. L’étau raciste avait pour acteurs l’extrême droite nationaliste, puis les islamistes et les identitaires arabo-musulmans. S’y ajoute aujourd’hui la frange perdue de la gauche racialiste. Cet étau n’offre plus d’échappatoires. Les accusations d’atteinte à l’islam (« islamophobie ») fusent face à toute critique de l’islamisme et de son uniforme sexiste qu’est le voile, même lorsque ces critiques proviennent de musulmans.

Ma lutte féministe et laïque contre l’islamisme, ma visibilité publique, rendent ces discriminations et ces propos racistes encore plus nombreux et violents. Aujourd’hui, cela vient moins de l’extrême droite nationaliste (même si j’y ai encore droit) que des islamistes et de leurs alliés d’extrême gauche. Les attaques racistes sont même encore plus virulentes de la part de militants « antiracistes » de la gauche perdue. Ils me réduisent à ma couleur de peau « blanche » ou, selon les moments, à mes origines tunisiennes que je trahirais. Dans leurs bouches, « Arabe de service » ou son synonyme politiquement correct « alibi de la diversité » sont censés être des arguments de débat. Si je m’appelais Thierry Dupont, ils ne tiendraient pas ces propos. Ce mépris, cette condescendance, ce racisme ordinaire, je le vis tous les jours.

Les racialistes ne sont pas antiracistes. Ils militent pour leur racisme bon teint. Ils ne défendent pas et ne donnent pas la parole aux « concernés », selon le terme dont ils raffolent. Ils défendent les « concernés » qui expriment ce qu’ils veulent entendre, ceux qui répondent à leur vision stéréotypée, orientaliste, misérabiliste et rétrograde des « musulmans ». Ils défoncent les autres. En osmose avec les intégristes musulmans, le sexisme du voile est leur symbole de lutte, ouvrant un boulevard à l’islamisme. Ils perpétuent l’orientalisme des colons d’hier dont ils prétendent combattre l’héritage. Ils ne seront jamais les alliés des « concernés » comme moi et tant d’autres. Notre discours universaliste et républicain, notre désir d’être reconnu uniquement comme Français, notre refus d’être assignés à nos origines et à l’islam, d’être désignés par le terme raciste « racis��s », ne concordent pas avec l’image qu’ils veulent nous coller. Nous sommes un bug dans leur logiciel exotique. Ils refusent de nous écouter. Ils rejettent notre parole, comme elle est rejetée par l’extrême droite. Les « concernés » que nous sommes ne sont pas légitimes à leurs yeux. Ils nous considèrent comme des adversaires.