Suprémacistes blancs en France : un nouveau discours et de nouveaux outils de diffusion

Se positionnant contre les « anti-racistes » et les « postcoloniaux » de nombreux internautes issus de l’extrême droite française font passer leur message par vidéo, notamment sur YouTube.  Dans un travail qui sera publié en juillet, je propose d’utiliser le terme suprémacistes blancs. Si en Europe et particulièrement en France, il est peu utilisé, il semble être le plus à même de définir l’esprit « antipostcolonial » d’une partie de la fachosphère.

article par Tristan Boursier publié sur le site theconvrsation.com le 28 01 2021

À la manière des antiféministes, les mouvements post-coloniaux ont leurs anti-post-colonialistes, leur anti-anti-racistes. Si les formules sont maladroites pour désigner ces groupes qui promeuvent publiquement des opinions racistes, c’est qu’il est bien difficile pour les sciences sociales de les identifier et de les analyser.

Beaucoup de journalistes, et parfois même des universitaires, utilisent le terme fachosphère, pour désigner de manière vague les personnes qui défendent des idées d’extrême droite. Le terme viendrait de Daniel Schneidermann qui se revendique en être l’auteur dans un entretien mené par Dominique Albertini et David Doucet.

Que veut dire « fachosphère » ?
Le terme fachosphère est en soi l’objet d’une controverse. Pour ses utilisateurs, il est une façon de dénoncer l’extrême droite dans ce qu’elle a plus diversifié. Pour les intéressés, il s’agit d’une insulte, et ces derniers préfèrent identifier leur activité comme une opération de réinforamation face à une « vague de médias gauchos », d’où l’expression « réinfosphère ».

Dans la fachosphère, on retrouve des groupuscules néonazis bien sûr, mais aussi des masculinistes, des antiféministes en tout genre, des catholiques intégristes, des impérialistes, des royalistes, des personnes désirant la fin de la république, d’autres voulant une république plus autoritaire. Le seul point commun de tous ces groupes est finalement qu’ils sont perçus comme un tout par les acteurs de gauche en général.

Le terme fachosphère est donc davantage utilisé dans un cadre militant, surtout pour discréditer le discours de l’adversaire. Il est donc impératif de trouver un autre outil conceptuel, plus précis afin de nommer et de mener à bien l’analyse d’un phénomène aux dynamiques complexes : celui de la diffusion sur Internet d’un rejet radical des débats autour des questions postcoloniales.

Parler de suprémacisme plutôt que de fachosphère
Dans un travail qui sera publié en juillet, je propose d’utiliser le terme suprémacisme. Si en Europe et particulièrement en France, il est peu utilisé, il semble être le plus à même de définir l’esprit « antipostcolonial » d’une partie de la fachosphère.