“De ‘bougnoule’ à ‘racisé’, chronique d’un racisme ordinaire”

Le racisme le plus difficile à encaisser était celui de Français qui me percevaient comme une pièce rapportée, inférieure, qui ne me le disaient pas mais qui me le faisaient bien sentir. On ne me voyait que par mes différences. J’étais toléré mais pas admis. On s’adressait à moi de façon condescendante, voire méprisante. Mes ancêtres sont de Tunis et quelques autres de Dellys (Algérie). Ils ne sont pas des montagnes de l’Isère ou de la campagne de Lozère. Peu importe que je sois né en France. Peu importe que mon grand-père paternel, Mohamed Bestandji, ait été soldat de métier dans l’armée française. Peu importe qu’il ait été décoré pour ses faits d’armes lors des nombreux conflits où il a combattu pour la patrie. Alors que les grands-pères de ces Français méprisants n’avaient pour actes glorieux que leur fuite du STO. On ne voyait que mes origines et mon patronyme, la supériorité du « Français de souche » sur l’ « Arabe bien intégré ».

Une autre expression du racisme est encore plus insidieuse. Cela la rend encore plus insupportable. Elle est la plus répandue. Elle est l’ancêtre du racisme bon teint qui sévit au sein d’une partie de la gauche aujourd’hui et qui trouve ses plus fervents partisans à LFI, EELV ou au NPA. Ce racisme s’exprime à travers des personnes qui se perçoivent comme tolérantes et antiracistes. L’irruption du racialisme sera leur volcan. La lave de leur racisme s’écoulera derrière les oripeaux d’un faux antiracisme. Je connaissais certaines de ces personnes depuis des années. Je ne me doutais de rien. Puis, un beau jour, par quelques phrases au milieu d’une conversation, je réalise qu’elles ne me voient pas comme leur égal.
Elle : « J’aime bien les plats de chez toi. »
Moi : « Le gratin dauphinois ? »
Elle : « Non, le couscous. »

Ou bien encore

Elle : « Les enterrements ne sont pas les mêmes chez nous que chez vous. »
Moi : « Ah bon ? Quelles sont les différences entre ta commune et la mienne alors qu’on habite à 15 km l’un de l’autre ? »
Elle : « Non, je voulais dire en Tunisie. »

Mes origines sont une richesse et je n’ai aucun problème à en parler. Mais quand on ne vous perçoit que par elles, au point de faire de vous non pas des Français à part entière mais entièrement à part, là ça pose un problème. Vous vous sentez pleinement français. Puis, au détour d’une conversation avec des personnes « tolérantes », on vous renvoie en plein visage d’une manière bienveillante que vous ne serez jamais Français comme elles. « Chez toi » n’est pas ici en France mais ailleurs. Ici, tu n’es qu’un invité, un résident. Mais il faut te défendre face aux fachos de l’extrême droite. Car il faut traiter correctement celles et ceux qu’on accueille chez nous…

“L’expérience du racisme vous marque à jamais”

Le racisme commence par là. L’extrême droite n’en est que la forme la plus aboutie et la plus assumée. Ces diverses expressions du racisme, du plus bienveillant au plus haineux, poussent nombre de Français d’origine maghrébine à se tourner vers les prédicateurs islamistes. Ils leur font miroiter un monde où ils seront totalement acceptés, tels qu’ils sont censés être : des musulmans. L’islam leur est présenté comme une identité de substitution, leur véritable identité. Bientôt, les racistes bienveillants deviendront leurs partenaires.