Charlie : « Identité, quand la gauche perd les pédales »

Où l’on va découvrir une cohérence qui s’ignore, du Mrap au parti des Indigènes de la République, en passant par l’Unef et les camps d’été dits «décoloniaux». Une partie croissante de la gauche a perdu les pédales et mise désormais sur l’individu – homme, femme, Blanc, Noir, Arabe, gros, vieux, handicapé, jeune, vieux, etc. – contre l’appartenance à une seule humanité. Charlie a choisi son camp : celui de l’universalisme.

article par Fabrice Nicolino publié sur le site charliehebdo.fr, le 27 02 2021

L’Internationale ne sera donc jamais le genre humain. Pour eux en tout cas, et pour la raison qu’il n’y a pas de genre humain. Qu’ils disent. Seulement des collections d’individus enfermés dans les casemates de leurs différences. Comment tout a commencé ? Nul ne le sait, mais un jour fatal de 2006, Charlie publie des caricatures de Mahomet.

Toute l’histoire des gauches en France et toute la tradition intellectuelle ont considéré les religions comme un fait social susceptible d’analyse, de critique mais aussi de moquerie. Tel est le privilège de la liberté. Le combat anti­clérical – ô combien nécessaire – a été chez nous fort rude. Il a conduit à une victoire des hommes et de la société.

En 1988 – il y a dix siècles – sortait en France La Dernière Tentation du Christ, film de Martin Scorsese. L’infâme bondieuserie de droite, unie à la canaille fasciste, attaque et brûle des cinémas – 14 blessés, dont quatre graves, à l’Espace Saint-Michel, à Paris –, conduisant à la déprogrammation du film au bout de quinze jours et à une retraite piteuse de Jack Lang, qui avait accordé une subvention. Des hiérarques catholiques soutiennent ou organisent la protestation contre Scorsese. Dans cet affrontement archaïque, la gauche entière soutient la liberté.

En 2006, tout a changé. On voit un Mouloud Aounit, président du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), engager une plainte de son mouvement contre France-Soir (pas la version actuelle, ndlr) qui, le premier en France, a publié les caricatures de Mahomet.

Une association de gauche, longtemps proche du parti communiste, assimile une représentation de Mahomet à un acte raciste. Aounit impose l’islamophobie comme une évidence, et au passage – car on parle de phobie – comme un désordre mental. Critiquer et moquer une religion qui laisse, et ce n’est qu’un exemple, une place seconde aux femmes est désormais une ignominie. Deux cent quarante ans après le massacre légal du chevalier de La Barre pour blasphème – il eut la langue tranchée, la tête coupée, le corps brûlé –, tout recommence, tout repart.