“Briser le silence” : des athlètes olympiques s’engagent contre les violences sexuelles

Des sportifs de haut niveau, dont l’ancienne patineuse Nathalie Péchalat, Teddy Riner, Marie Martinod et Astrid Guyart s’engagent dans une tribune que nous publions pour que les violences sexuelles ne soient plus un tabou.

article par Sandrine Lefèvre publié sur le site leparisien.fr, le 05 02 2020

« On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas, car désormais, il faudra faire en sorte de savoir », annonce Marie Martinod, au moment où le sport tricolore est secoué par des révélations sur des agressions sexuelles dans le patinage. La double médaillée olympique en ski acrobatique et les sportifs qui composent la commission des athlètes de haut niveau (CAHN) du comité olympique français (CNOSF) – notamment la danseuse sur glace Nathalie Péchalat, l’escrimeuse Astrid Guyart et la skieuse Ophélie David ont décidé de s’exprimer dans une tribune publiée dans le Parisien-Aujourd’hui en France.

« On considère que notre commission est un acteur essentiel du sport français, poursuit Marie Martinod. Notre rôle est de prendre la parole sur des sujets importants et ces affaires d’agressions sexuelles sont graves. » Les sportifs se sont accordés sur les mots, le message qu’ils souhaitaient faire passer. « On n’est pas là pour dénoncer, mais pour aussi proposer des solutions. Plus chacun aura conscience que ce sujet ne doit plus être un tabou, plus on mettra en difficultés les personnes qui ont quelque chose à cacher. »

« Violences sexuelles : il est temps de donner de la voix ! »
Enfin, une première percée dans le mur du silence. Les révélations récentes d’agressions sexuelles subies par plusieurs jeunes sportifs font trembler le système et réveillent notre colère. Nous, athlètes français de haut niveau, nous nous sentons révoltés. Révoltés, mais malheureusement pas si étonnés que ça… Une fois dévoilée au grand jour, la vérité devient glaçante : le cas isolé devient multiple, les monstres omniprésents. Combien de victimes demeurent blotties dans la honte et la peur ? Combien auraient pu être évitées ?

Merci aux journalistes qui ont pris le temps de l’investigation, qui ont su d’abord croire les victimes pour mieux les écouter. Merci à ces athlètes dont les témoignages puissants montrent la force d’âme que le sport nous a appris à développer. Ils n’abîment pas l’image du sport, ils la font grandir.

Nous exprimons notre soutien et notre solidarité avec les victimes. En tant que membres de la commission des athlètes de haut niveau français, nous sommes chargés par nos pairs de défendre l’intérêt des athlètes olympiques français. Chaque sportif de haut niveau a d’abord été un enfant, un adolescent en pleine construction. Il a été entouré par une structure et formé par un éducateur à qui il a confié la clé de ses rêves. Si nous prenons la plume aujourd’hui, c’est que nous nous sentons responsables. Ce sont nos quêtes de médailles qui façonnent en partie les rêves de performance des plus jeunes et qui les conduisent à pousser la porte d’un club. Si, pour la majorité, le sport a été une formidable école de la vie avec des valeurs de partage, d’entraide, de soutien, de respect, pour d’autres, il y a surtout la souffrance et le silence.