Une réinsertion difficile pour les femmes détenues 

Une série dédiée à la réalité des femmes en prison. Un premier état des lieux pour ouvrir le débat. En partenariat avec Humanit’elles.

Les femmes détenues sont marquées par des ruptures et des exclusions : elles sont peu diplômées, isolées, sans emploi et parfois jeunes mamans. Elles font face à plusieurs défis : une offre d’activités ou de formations restreinte et souvent stéréotypée, et surtout un isolement géographique. En raison du faible taux de femmes en prison, il existe seulement deux établissements, à Rennes et à Versailles, qui leur sont totalement réservés et 53 établissements qui disposent d’un quartier pour les femmes. Le nombre de places pour les femmes varie de 3 à 221 pour un total de 2 500 places en France. Elles sont donc victimes d’isolement géographique les éloignant de leur vie avant-prison et de leur famille.

Les détenus ont un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation qui les accompagne dans la prison et en dehors. Ces conseillers font partie intégrante du personnel pénitentiaire. Ils participent à une meilleure insertion en les aidant dans les tâches administratives, en contactant les organismes ou en leur facilitant l’accès à une formation professionnelle. Ils rétablissent le dialogue entre la société et les détenus, préparent leur réinsertion et préviennent la récidive. Ils participent à la prévention des effets désocialisant liés à l’emprisonnement.

À leur sortie, les femmes se retrouvent face à de nombreuses difficultés ; si elle est mère, elle veut récupérer la garde, elle doit chercher un logement, doit s’inscrire dans le système d’aide sociale, ce qui représente une contrainte administrative. De plus, de nombreuses femmes ont été victimes de violences sexuelles.

Pourtant, pour qu’une réinsertion soit durable et réussie, elle doit passer par quatre piliers : l’accès au logement, l’emploi, la santé et les liens familiaux et sociaux.

La réinsertion par le travail

Le travail est considéré comme « un gage de réinsertion ». Toutefois, l’accès au travail est compliqué en détention avec seulement 31 % des détenus ayant déjà travaillé en prison.

Les femmes peuvent être affectées à plusieurs activités de production, à la régie industrielle des établissements pénitentiaires ou au service général de l’établissement. Le travail est une opportunité pour les détenus car il est rémunérateur et opérationnel. Toutefois, pour la réinsertion, ces emplois restent très limités, peu formateurs, peu rémunérés et peu valorisants. La rémunération est entre 20 et 45 % du SMIC selon le type de service, et même si la rémunération à la pièce est interdite depuis 2009, elle reste courante.

Emmaüs gère 9 fermes sur le territoire pour accueillir des personnes détenues dont une ferme d’accueil à Baudonne pour femmes sous-main de justice. Cette ferme accueille douze femmes sous écrou, placées sous régime judiciaire d’aménagement de peine. Chaque résidente a un contrat de réinsertion de quatre à vingt-quatre mois et de vingt-six heures de travail par semaine. Ces femmes sont accompagnées dans leur démarche de reconstruction d’un projet professionnel et personnel.

Les périodes de travail des personnes détenues, réalisées dans le cadre d’un emploi pénitentiaire, permettent d’ouvrir des droits à l’assurance chômage. Les conditions pour percevoir cette indemnisation sont, comme pour les salariés, la perte involontaire de l’emploi et avoir travaillé au moins six mois au cours des 24 mois.

La réinsertion dans la vie quotidienne et le logement

Les centres pénitentiaires évitent « les sorties sèches », c’est-à-dire des sorties de prison sans aucun projet d’hébergement, pour les femmes détenues afin d’éviter des violences dans la rue.

Des CHRS, centres d’hébergement et de réinsertion sociale, assurent l’accueil, l’hébergement, l’accompagnement et l’insertion sociale de femmes et d’hommes en précarité, dont les personnes détenues. Certains CHRS sont réservés aux femmes. Toutefois, toutes les femmes détenues n’ont pas accès à ce type de logement à leur sortie.

L’accès au logement se fait régulièrement en concertation avec leur conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation. Quand les anciennes détenues sont hébergées dans ces centres, elles sont ensuite suivies par des travailleurs sociaux contrôlant le respect des obligations légales.

Le logement est indispensable pour leur offrir un lieu de vie sécurisé.

Les difficultés des femmes détenues

Les femmes sont souvent victimes de stigmatisation par la société et elles sont davantage ignorées et mises à l’écart par leur famille que les hommes.

Pour ces femmes, un retour à la société est le but visé. Toutefois, il reste des différences notables entre leurs parcours et les freins à lever pour engager le processus de réinsertion et l’accompagnement personnalisé. Leur redonner confiance en elles, en raison d’une image dégradée d’elles-mêmes, est important pour leur refaire une place dans la société.

Certaines d’entre elles retournent, malheureusement, en prison. La proportion des femmes est moins élevée parmi les récidivistes que les hommes (6% contre 15% parmi les condamnés sans précédent).

Les femmes sont particulièrement vulnérables quant à leur santé. Elles souffrent de carences sanitaires et de pathologies mentales plus importantes que la moyenne. La continuité de la prise en charge de leurs soins doit être assurée à leur sortie de prison.

Les associations sont les principales aides des femmes dans leur réinsertion, au sein de la prison et en dehors, comme la ferme d’Emmaüs, le Wake Up Café ou l’Ilot. Le Wake Up Café accueille les personnes à la sortie de leur période de détention, les accompagne et crée des ateliers de préparation à l’emploi et à des activités destinées à favoriser leur reconstruction personnelle. Ces associations les aident à rétablir un lien social.

Réservez votre billet ici pour notre futur colloque Défendre l’État de Droit : Regards croisés Franco-Allemand sur les étrangers et les femmes en prison, le 27 novembre, à l’Auditorium, 20 Esplanade Nathalie Sarraute, Paris 75018.

Pour aller plus loin :


Sources :

Code pénitentiaire
Sous-section 2 : Rémunération (Articles R412-63 à D412-68) – Légifrance

Les femmes en prison
Observatoire des disparités dans la justice pénale

CHRS pour femmes sortant de prison : comment y accéder ?
L’Ilôt, 17 mars 2026

« Questionner la réinsertion, c’est questionner l’ordre social »
Entretien avec Margaux Coquet, auteure d’une thèse sur « l’abolition du système pénal »
Observatoire international de prisons
Observatoire international des prisons (OIP) – Section française, 12 mars 2026

Le travail pénitentiaire : précarité organisée derrière les murs
Observatoire International des Prisons – Section française, 30 avril 2025

Le travail en prison permet-il d’ouvrir des droits aux allocations chômage ?
UNEDIC, 21 janvier 2025

Alternative à la prison : une ferme pour les femmes en fin de peine
Marie Le Marois, Journaliste
Marcelle, Le média de solutions, 21 avril 2022

FEMME EN PRISON : COMMENT SE RECONSTRUIRE APRES L’INCARCERATION ?
L’Ilôt, 8 mars 2022

Récidivistes et réitérants
In Sécurité et société, Insee, 9 décembre 2021

France : « Aux oubliées », des livres pour les femmes détenues
Océane Goanec
TV5MONDE, 25 août 2020

La réinsertion des personnes détenues : l’affaire de tous et toutes
Antoine Dulin
CESE, 26 novembre 2019

LA RÉINSERTION SOCIOPROFESSIONNELLE DES FEMMES DÉTENUES
Marieke Reinquin sous la direction de Monsieur Jacques Prades
Master 1 Nouvelle Économie Sociale – Université Toulouse 2 Jean Jaurès – UFR Sciences, Espace, Société – Département Sciences économiques & Gestion, 2017-2018