Dans l’atelier de Rosa Bonheur, la femme qui a défié son siècle

Françoise Cesbron, rédactrice du blog Humanit’elles, nous emmène à Thomery, dans la maison-atelier de Rosa Bonheur. Pendant quarante ans, la célèbre peintre animalière y a vécu avec Nathalie Micas, puis Anna Klumpke, loin des conventions de son époque.

Les photos ©humanitelles

La peintre animalière

La rénovation de la demeure s’accompagne de la construction d’un atelier spacieux dans lequel « Rosa Bonheur travaillera inlassablement, avec l’aide de Nathalie Micas qui prépare les toiles, reporte les calques. Elle produira de nombreuses études sur le motif qui constituent un répertoire d’une richesse inouïe dans lequel elle puisera jusqu’à la fin de sa vie. Elle utilisera également la photographie, dessinera et peindra à l’aquarelle sur certains tirages. Elle n’hésitera pas à explorer des techniques auxquelles on ne l’associe guère, tel que le cyanotype ».

Par ailleurs, l’acquisition de ce château va lui permettre d’installer « un véritable parc zoologique miniature. Entourée de nombreux animaux, domestiques et sauvages – notamment des lions – , ses modèles et amis, elle les étudie inlassablement, à travers des milliers de dessins, esquisses et tableaux, dans leur vie quotidienne, respectueuse de leurs spécificités et de leur mystère. »
Les animaux la passionnent depuis l’enfance. « Pour apprendre l’anatomie, la jeune Rosa a étudié les carcasses à l’abattoir du Roule, à Paris, avec les souliers et les jupes trempant dans des rigoles de sang. » Elle optera pour le port du pantalon, à l’époque interdit aux femmes, sauf autorisation stipulée par l’ordonnance du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800) : « Toute femme, désirant s’habiller en homme, devra se présenter à la Préfecture de Police pour en obtenir l’autorisation. Cette autorisation ne sera donnée que sur le certificat d’un officier de santé, dont la signature sera dûment légalisée, et en outre, sur l’attestation des maires ou commissaires de police, portant les nom et prénoms, profession et demeure de la requérante. »

Munie de cette autorisation de travestissement, elle fréquente les foires aux bestiaux. A peine âgée de vingt ans, Rosa Bonheur, expose pour la première fois au Salon de Paris en 1841. Elle rencontre très vite le succès. « A l’époque du passage de la société rurale à une société industrielle, le public en est fou, les plus fortunés s’arrachent ses œuvres sitôt le pinceau levé. » Ce succès est renforcé par la diffusion de ses œuvres sous forme de gravures et de lithographies. En effet, Gambart, Tedesco frères, Knoedel et Goupil, les marchands avec lesquels la peintre collabore, sont aussi éditeurs d’estampes. Cette technique rend possible la diffusion massive de ses productions dans les foyers européens et américains, en noir et blanc ou coloriées, selon les moyens financiers des acquéreurs. L’artiste est également mise régulièrement à contribution pour illustrer divers ouvrages en lien avec l’agriculture et le monde animal. Ses tableaux se déclinent même sous la forme d’objets dérivés : papiers peints, services à thé, boîtes d’allumettes, portraits sur des cahiers d’écoliers. Des poupées de porcelaine à son effigie, portant cheveux courts et pantalon, sont produites en Amérique. Notons qu’Anna Klumpke a eu comme cadeau une poupée « Rosa ».

« Rosa Bonheur a été la première en France à hisser la peinture animalière, genre apprécié à l’époque mais secondaire, au même niveau et aux mêmes dimensions que la peinture d’histoire ou religieuse ». Ses modèles bénéficient de toiles monumentales, un format peu employé à l’époque, qui plus est par une femme. Elle est également la première femme artiste à recevoir en 1865 la légion d’honneur, remise en son atelier par l’impératrice Eugénie.

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L’acquisition du château de By par Rosa Bonheur

En 1859, la peintre animalière Rosa Bonheur acquiert le château de By « Domaine de la parfaite amitié » à Thomery, à la lisière de la forêt de Fontainebleau. Elle s’y établit avec la peintre Nathalie Micas, son amie depuis ses 14 ans, et la mère de celle-ci. Nathalie Micas inventa un système de frein pour locomotive que personne ne prit au sérieux parce conçu par une femme.

Rosa Bonheur est alors la première femme à acheter, à son nom, un bien immobilier grâce au seul fruit de son travail ». En effet, c’est grâce à la vente du tableau « Le marché aux chevaux« peint en 1855, « exposé dans une tournée triomphale en Europe avant d’être vendu pour un prix astronomique aux États-Unis » écrit Sophie Cachon, qu’elle peut s’offrir cette propriété.

Déjà célèbre grâce au Labourage nivernais, Rosa Bonheur connaît un véritable triomphe au Salon de 1853 avec Le Marché aux chevaux. Elle entend s’imposer comme une créatrice hors normes, en s’attaquant à un genre traditionnellement réservé aux hommes et en donnant à ce thème animalier le format des plus nobles peintures d’histoire. L’artiste choisit un sujet contemporain. Elle peint avec vérité la puissance des chevaux Percherons et la violence des hommes, tout en invoquant l’héritage des frises du Parthénon et en se mesurant aux maîtres de l’époque romantique, tel Théodore Géricault. Pour préparer ce tableau immense, elle multiplie les dessins préparatoires.

C’est son ami le comte d’Armaillé qui lui parle de cette opportunité. Ses beaux-parents possèdent le château de la Rivière à Thomery, une ville cossue et bien desservie grâce à une gare érigée en 1857 assurant une liaison régulière avec Paris. Cet avantage permet à Rosa Bonheur de conserver « un pied-à-terre proche de l’école de dessin de la rue Dupuytren dont elle était la directrice (d’abord au n°24 de la vieille rue Hautefeuille, puis au n°7 de la rue Gay-Lussac) ». Elle achète le château pour 50 000 francs le 9 août 1859 à Louis Jules Michel Fabre.

Elle déménage donc de son atelier parisien rue d’Assas, pour emménager le 12 juin 1860 dans le château de By, rénové par Jules Saulnier, architecte industriel français auteur du « moulin Saulnier » à Noisiel. Une manière pour elle d’esquiver la vie mondaine à laquelle l’astreint sa célébrité. Rosa Bonheur est fatiguée qu’on la sollicite continuellement « pour lui soutirer des autographes« . A 37 ans, elle est au sommet de sa gloire. Néanmoins, elle ne va pas se couper du monde car elle continuera d’accueillir dans sa demeure de By de nombreux amis, écrivains et musiciens.

 

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