Villiers-Champigny : grâce aux “grands frères”, les cités ne s’affrontent plus

À l’image du tournoi de futsal organisé ce dimanche, les associations du Bois-l’Abbé et des Hautes-Noues multiplient les initiatives pour apaiser les relations entre les cités.

article de Laure Parny avec Marion Kremp, publié sur le site du parisien.fr, le 11 1 2018

Tous ceux qui sont allés au chevet du blessé en soins intensifs à l’hôpital, s’en souviennent, comme si c’était hier. Il a fallu qu’un énième adolescent du Bois-l’Abbé soit grièvement blessé, en septembre 2017 à la sortie de son lycée, pour que tous se mobilisent. « On s’est dit ça suffit, il n’y a que nous pour mettre fin à cette montée de la violence », se souvient Koula Kanamakasy, adulte-relais.

Ce « grand frère » du Bois-l’Abbé organise ce dimanche un nouveau tournoi de futsal avec des jeunes des quartiers qui se faisaient encore la guerre il y a 18 mois. Son association Kana Jeunesse d’Avenir, celles de l’UTSF, Training Day et celles des Hautes-Noues à Villiers, C’Noues, Konateam, Afrik Terre 2 Kultur ou encore Mixcités, ont organisé plusieurs rendez-vous pour apaiser les relations entre les deux quartiers ennemis. Avec succès, puisque le calme est revenu.

« Parole de “grand frère” : la prison ou la morgue »

Du footdu cross training, des activités gratuites ont été ouverts à tous et un séjour à la montagne a été organisé pour la poignée de jeunes qui se faisaient le plus la guerre. « C’était juste après les faits les plus graves. On a commencé par les réunir sans leur laisser le choix et leur dire leurs quatre vérités. On leur a dit qu’on n’était ni la justice ni l’hôpital, mais qu’ils risquaient tous de finir en prison ou à la morgue », raconte Mamadou Diabira, président de C’Noues. Des paroles fortes, d’autant mieux comprises qu’elles venaient uniquement de trentenaires des deux cités.

« On savait que ça ne pouvait marcher que si ça venait de nous, estime Mamadou Sy, président de l’association UTSF (Union tremplin socioculturel de France) et élu (SE) de Champigny. On parle le même langage, on est de la même génération, on avait déjà vécu ces conflits entre quartiers. »

Plus aucune bagarre depuis 18 mois

Depuis un an et demi, plus aucune bagarre n’a été à déplorer entre les deux quartiers. Le fruit d’un travail quotidien des deux côtés de la frontière Villiers-Champigny. Les élus des deux villes s’étaient eux aussi réunis pour lutter ensemble contre les phénomènes de violence. « Nous avons même vu la procureure ensemble, mais le travail de la justice n’est pas évident puisque les plaintes sont peu nombreuses, nuance Fily Keita (PCF), adjointe au maire chargée de la jeunesse. Nous avons impulsé des idées, les animateurs des structures travaillent dur. »