Suède. Une “armée de l’amour” pour contrer les trolls en ligne

Des milliers de Suédois ont décidé de s’unir afin de répondre aux déferlements de messages haineux sur Internet. Dès qu’une personne est attaquée en ligne, ils viennent à sa défense avec des messages positifs. Un modèle qui s’exporte.

article publié par le journal britannique the Guardian et sélectionné par Courrier International, le 18 01 2019

Fin 2018, lorsque Linnéa Claeson, jeune femme aux longs cheveux multicolores réputée pour sa combativité contre les prédateurs sexuels, a été désignée comme la meilleure avocate de Suède, on a observé deux types de réactions sur Internet.
La première a pris la forme d’un nauséeux torrent de récriminations de la part d’individus critiquant son apparence physique, ses convictions féministes, son sexe, sa jeunesse et son compte Instagram @assholesonline.

La seconde, plus inattendue, s’est présentée sous la forme d’une tempête de messages positifs, d’encouragements et de félicitations pour son courage et sa détermination à rester exemplaire en dépit des commentaires négatifs.

Cette vague de soutien est l’œuvre d’une organisation baptisée Jagärhär (“Je suis là”), un groupe Facebook de près de 75 000 membres, la plupart suédois. Fatigués de voir l’hostilité ambiante et une poignée de forts en gueule ruiner les conversations en ligne, ils ont décidé de changer la donne – et le ton de ces conversations.

Que les commentaires reflètent mieux la société

Chaque jour, cette “armée de l’amour” s’efforce de faire ce que les gouvernements et les réseaux sociaux ne font pas : défendre les gens victimes des trolls en ligne et riposter aux campagnes de désinformation.

Les membres de Jagärhär se mobilisent pour ajouter des notes et commentaires positifs là où se diffusent la haine et les fake news. Une façon pour eux d’équilibrer les discussions et de perturber l’algorithme de Facebook.

“Bien sûr, les réseaux sociaux ne reflètent pas la totalité de la population, mais quand on lit les commentaires en ligne, on a l’impression que 80 % des gens pensent que l’homosexualité est une maladie”, explique Mina Dennert, la fondatrice du groupe.

Nous voulons que les commentaires reflètent mieux la société dans son ensemble et pour cela, il faut permettre aux gens de s’exprimer et de participer.”

De fait, après l’intervention de Jagärhär dans les commentaires concernant Linnéa Claeson, le ton de la conversation s’est considérablement amélioré. Le quotidien Aftonbladet a même commencé à modérer sa page Facebook et à supprimer les messages les plus haineux.

“C’est tellement épuisant de voir tout le discours négatif autour de moi. Merci, merci pour votre soutien”, a écrit la jeune femme sur la page Facebook du groupe.

Trump, le déclencheur

Journaliste, Mina Dennert a créé le groupe en 2016 après avoir constaté une augmentation des messages particulièrement troublants sur les réseaux sociaux. “Le déclic, ça a été de voir des gens relayer des messages vraiment racistes alors que je ne les aurais jamais crus capables de choses pareilles.”