“Si stigmatisation il y a, c’est à l’encontre de la laïcité “

Les récents débats autour de la laïcité à l’école ont encouragé Hanane Pernel à prendre la plume. Cette auxiliaire de puériculture, qui a quitté son Maroc natal pour la France à l’âge de 13 ans, livre à L’Express son histoire. Même si elle a arrêté l’école à 16 ans, “rattrapée par l’obscurantisme familial”, elle aura hérité de cette “petite graine” qui l’aidera à s’émanciper et à “se réaliser pleinement en tant que femme”. Un droit précieux que cette mère de famille s’attache aujourd’hui à défendre. Hanane Pernel raconte comment l’école de la République l’a aidée à se “réaliser pleinement, en tant que femme”. Et témoigne de son combat contre la stigmatisation de la laïcité.

article d’Amandine Hirou publié sur le site express.fr, le 10 11 2019

Attentat à la préfecture de police par un islamiste, attentat à la mosquée de Bayonne par un extrémiste de droite, voile, victimisation, Islam : Chaque fois que l’actualité s’étale et salit ce pays que j’aime, c’est mon histoire qui ressurgit.

Printemps 1989, j’avais 13 ans. Je vivais jusqu’alors au Maroc, mon pays. C’était une existence paisible de jeune adolescente entourée de sa mère, de ses frères et de ses soeurs. Mon père, lui, vivait en France, à Paris, avec… sa deuxième épouse, privilège que la législation marocaine lui permettait.

La France, nous en parlions beaucoup et, sans le connaître, j’aimais ce pays, non pas pour la beauté de ses paysages ou pour son histoire car je n’en savais pas grand-chose pour n’y être jamais allé mais parce qu’il accueillait mon père et, ce faisant, le maintenait éloigné de nous.

Comment qualifier ce père ? Il était disons-le avec les formes, conservateur. Conservateur au sens qu’il était attaché aux traditions et à la religion dans la mesure où ces dernières lui apportaient tous les avantages dus à sa qualité d’homme. Sa vision de la fille et de la femme était claire : Ces dernières doivent être au service de l’homme, qu’il soit père, frère ou époux et ce n’est qu’au travers de la domination masculine qu’elle peut se permettre d’exister.

Son éloignement était pour moi une des conditions de ma liberté et de mon bien-être.

1989, j’avais 13 ans et l’on m’annonce que mon père veut que je le rejoigne à Paris. Désarroi, coup de tonnerre dans ma vie. Alors que mes amis, ma famille, vantent ma chance d’aller vivre en France, à Paris qui plus est, je suis mortifiée de tout quitter, d’aller rejoindre ce père que je souhaitais le plus loin de moi possible.