Sénégal : Boubacar Sagna, pionnier du «cash-to-health»

Instigateur de l’uberisation du secteur de la couverture santé, Boubacar Sagna dirige la startup AFIA Care (santé, en swahili), fondée en 2014 à Toulouse. Né en Mauritanie d’une mère malienne et d’un père sénégalais, le «Sahélien, pur sang du cash-to-health», comme il aime se présenter, revient sur son parcours et son combat pour lutter contre les carences de l’assurance maladie au Sénégal. Là où le gouvernement peine à améliorer ses services, la startup pourrait être profitable aux 70% à 80% de Sénégalais qui ne disposent pas de couverture santé, selon l’OMS.

article publié sur le site afrique.latribune.fr le 25 07 2018

C’est dans l’écosystème de la clinique pasteur de Toulouse que la jeune pousse, anciennement nommée «Yenni», opère actuellement un virage dans son business model : «Nous développons une nouvelle plateforme et des points “cash-to-mobile”, où les utilisateurs pourront recharger leur téléphone en crédit santé. La diaspora africaine sera, elle, en mesure de créditer directement sur le téléphone de ses proches de l’argent depuis l’étranger via la plateforme. Elle aura également la certitude que l’achat sera effectué dans une pharmacie ou chez un médecin», explique le CEO. Les utilisateurs auront d’autre part la possibilité de se constituer une épargne dédiée.

Un service attractif pour les Sénégalais, car «les gros assureurs ont un problème de recouvrement, alors que nous permettons l’inclusion financière pour n’importe quel citoyen. Chacun pourra contracter une assurance ou micro-assurance, régler ses frais médicaux et sa mutuelle. Les utilisateurs pourront aussi payer la CMU directement via la plateforme, une cotisation qui s’élève à 3 500 Fcfa chaque année», ajoute Boubacar Sagna.

Prépotence de la diaspora

«L’espoir, c’est l’histoire de ma vie», confie Boubacar Sagna. Avec sa famille, il fuit en 1989 la Mauritanie pour le Sénégal. À l’université de Dakar, il rencontre au détour d’un livre l’historien Bartolomé Bennassar. Le coup de foudre est immédiat : «J’ai écrit à l’université de Toulouse pour faire part de mon souhait d’étudier sous la houlette de cet éminent professeur». Le voilà débarqué dans la ville rose, où il découvre le quotidien de la diaspora africaine : «Tout le monde m’a soutenu, a donné quelque chose pour que je puisse m’installer. Quand vous gagnez votre vie, c’est à votre tour d’envoyer de l’argent, c’est naturel. La diaspora peut envoyer jusqu’à 60% de son salaire. Dans notre culture, chaque citoyen est débiteur des autres à un moment de sa vie». Une réalité qui le pousse à travailler après sa maîtrise d’histoire moderne. Il opte pour un job de plongeur dans le centre-ville pour financer ses études et celles de ses sœurs et frères.