Quand l’intégrisme religieux entre dans les salles de sport

Que se passe-t-il dans certains clubs de sport français ? Des notes confidentielles des services de renseignement décrivent des “dérives communautaires”, “des prières sur la pelouse ou dans les vestiaires”, “des individus radicalisés”. Nous avons enquêté pendant plusieurs mois sur ces clubs de sport amateur aux prises avec la religion.   

Reportage de “l’Oeil du 20h” (France2)et partagé par Franceinfo

À Toulouse, un club de lutte est sous surveillance des services de renseignement. L’un de ses membres serait lié à la mouvance islamiste radicale. Un repli communautaire se serait installé dans le club. Nous avons demandé de filmer un entraînement. Sans succès.

Ce club a été créé fin 2016 par les membres d’un ancien club dissous. Selon nos informations, depuis quatre ans, le nombre d’hommes licenciés en lutte dans l’ancien puis le nouveau club augmente. Le nombre de femmes, lui, a été divisé par dix.

DR. DR. (L’OEIL DU 20 HEURES / FRANCE 2)

Se couvrir les bras
Julie s’est entraînée plusieurs fois par semaine dans ce club en 2015. Elle nous explique pourquoi elle en est partie : “Le président du club m’a dit : ‘Quand quelqu’un relève ton tee-shirt quand tu luttes, on voit ton ventre, on voit ta peau, il y a des gens que ça dérange ici.’ Petit à petit, [les responsables du club] nous ont demandé de mettre des tee-shirts de moins en moins échancrés avec des pulls ras du cou.”

Au lieu de porter le tee-shirt officiel vendu par la fédération de lutte, Julie a dû se couvrir les bras en mettant des manches longues, à la demande des responsables du club. Et un bas de jogging à la place du short. Pour elle, c’est le fait même d’être une femme qui a posé problème.

Un petit garçon, qui au début voulait bien lutter avec moi, après n’a plus voulu. Il m’a dit : ‘Non ma religion m’interdit de toucher aux femmes.’

Julie, lutteuse à Toulouse
Pour comprendre, un de nos journalistes s’est rendu au club de lutte en caméra cachée. Nous prétendons vouloir suivre un entraînement. Ce soir-là, sur le tapis, une vingtaine d’hommes et une seule femme. Ses jambes sont couvertes. Ses bras, non. Nous interrogeons un des entraîneurs.

– C’est la seule femme ici ?
– Oui. C’est la seule fille.
– Qui combat avec la fille pour qu’elle progresse ?
– Les petits, ceux pour qui ça ne pose pas de problème par rapport à la religion, parce qu’ils sont petits. Et après, ceux qui ne sont pas musulmans.
– Toi tu luttes avec elle ?
– Non.