Marseille : « Être noir en islam, c’est compliqué »

À Marseille, la communauté musulmane représente environ un tiers des habitants et est tissée de multiples origines. Cette diversité ne va pas sans divergences de vues, voire de franches stigmatisations. Les Comoriens sont les premiers à dire qu’ “être noir en Islam, c’est compliqué”.

Pendant deux semaines, la Croix, qui se définit comme le quotidien de référence de l’actualité religieuse, propose une série d’enquêtes et de reportages pour explorer l’islam contemporain, ainsi que les questions qu’il pose à la société française. : L’islam, pourquoi c’est compliqué

article par Coralie Bonnefoy publié sur le site du quotidien  lacroix.com le 23 01 2021 

“J’ai été reçu au Vatican, je suis allé à Jérusalem, mais cette mosquée-là, je n’y suis jamais entré », soupire le mufti Mohamed Kassim. La mosquée en question se trouve à cinquante mètres à peine de son domicile, au cœur du 3e arrondissement de Marseille, le plus pauvre de la ville.

Mais, assis derrière son bureau, le guide spirituel des Comoriens de France agite son doigt en signe de dénégation. S’il n’a jamais fréquenté cette salle de prière, c’est pour deux raisons : l’endroit a, par le passé, été suspecté de diffuser des prêches salafistes, et son imam est d’origine maghrébine
En attendant que soit livrée la mosquée dont il pilote la construction, il fait donc plusieurs kilomètres pour rallier les salles de prière comoriennes dans les quartiers Nord, au Plan d’Aou ou à la Busserine. Les 80 000 Comoriens de Marseille sont comme lui : ils préfèrent prier entre eux.

La communauté musulmane représenterait un tiers des Marseillais
Dans ce port multiculturel dont l’histoire s’est bâtie au fil des migrations, la communauté musulmane représenterait environ un tiers des Marseillais : entre 250 000 et 300 000 des 860 000 habitants. Une famille unie ? « Pas tout le temps », avoue l’imam Abdessalem Souiki, d’origine algérienne.

Sur les 70 salles de prières recensées, la majorité reçoit la population originaire du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), environ une vingtaine sont comoriennes, trois ou quatre accueillent les musulmans issus de l’immigration de l’Afrique de l’Ouest. « Nous sommes essentiellement sunnites. Mais cela n’empêche pas les dissensions », constate l’imam.

Les pratiques elles-mêmes sont très proches, sinon jumelles. « L’islam n’a pas de frontière. Il n’y a pas de mésententes cultuelles entre nous », balaie Ali Dahmani, président de la mosquée de la Capelette, l’une des plus importantes de la ville, reprenant le discours classique sur l’unité. De fait, il n’existe pas de divergences de fond mais des subtilités entre les courants malékite (prépondérant au Maghreb) et chaféite (qui prévaut aux Comores). Il y a en revanche de vraies querelles d’interprétation entre tenants du salafisme, de courants classiques et du soufisme.