Maroc: «sois un homme», «sois une femme libre», la bataille de hashtags

Après l’apparition d’un mot-dièse enjoignant aux hommes de surveiller la façon dont les femmes de leur entourage s’habillent, la réaction des femmes, simples citoyennes, ou femmes plus engagées sur le respect de leur(s) liberté(s), ne s’est pas fait attendre.

article publié sur le site Geopolis de franceinfo le 27 07 2018

Le Maroc, ses hommes, ses femmes, et l’actuelle multiplication des mots dièses (hashtags) sur Twitter ou de pages dédiées sur FaceBook, voire sur Instagram, agitent la toile. Ce phénomène pourtant ne saurait être résumé à une vulgaire bataille par réseaux sociaux interposés.

Tout part d’une page sur Facebook qui initialement déplorait l’absence de «vraies» banques islamiques au Maroc. Cette même page lançait par la suite le mot-dièse #KounRajel, #Soisunhomme (en français) et encore plus explicitement ci-dessous:

Traduction: «Campagne  #soisunhomme et ne laisse pas tes femmes et tes filles sortir dans des tenues indécentes qui enflamment follement FaceBook.»

Qui se trouve derrière ce compte Facebook enjoignant aux hommes de (re)prendre la main sur les femmes de son entourage? Une personne traditionnaliste pour les uns, de l’entrisme islamiste pour d’autres.

La réaction
Si la réaction est essentiellement féminine, une part non négligeable d’hommes participe à la contre-attaque, car ils ne se reconnaissent pas dans cette volonté de régir la présence des femmes dans l’espace public et les loisirs. Apparaît alors le hashtag «sois une femme» ou « sois une femme libre», réponse des Marocaines revendiquant le droit de s’habiller comme bon leur semble.

Une érotisation malvenue
«Le corps de la femme est toujours sexualisé. Un homme peut se mettre torse nu, même dans des endroits où il n’en a pas le droit et cela ne dérange personne. Mais le corps de la femme, et sa poitrine en particulier, reste un objet sexuel», constate Betty Lachgar, porte-parole du mouvement M.A.L.I. dans le HuffPost Maroc. Les notions de chaleur, de bien-être, de loisir, de plaisir n’entrent pas en ligne de compte, l’homme semble être le jouet et la proie de tentations permanentes dispensées par des femmes (sur)exposées.

«Il est évident que la plage ou la piscine sont des lieux de détente et pas de perdition. Il est surprenant que certains hommes ne puissent pas regarder une jeune fille ou une dame en maillot de bain sans avoir des pensées malsaines. Si cela les indispose trop et bien qu’ils restent à la maison!», déplore Meriem Othmani, présidente Fondatrice de l’association Insaf, dans Aujourd’hui le Maroc.

Selon une étude publiée en 2017 par l’ONU femmes, 72% des hommes et 78% des femmes au Maroc estiment qu’«une femme habillée de façon provocante mérite d’être harcelée». Si rien n’interdit aux femmes de se baigner en maillot de bain au Maroc, les commentaires font état d’un certain raidissement social, avec de moins en moins de femmes en bikini sur les plages. Malgré une certaine tolérance, réelle ou feinte, la société y demeure profondément conservatrice.