Le Prix de la langue française 2019 pour Louis-Philippe Dalembert

Un prix qui a récompensé, en vrac, Jean Tardieu, Pascal Quignard, Philippe Forest, René de Obaldia, Annie Ernaux, Emmanuel Carrère, Jean Rolin ou Mona Ozouf, est un prix qui ne s’est pas trop trompé. C’est le cas du Prix de la langue française, qui a été créé en 1986 à l’initiative de la ville de Brive. Pas plus tard que l’an passé, il couronnait par exemple Pierre Guyotat, ce qui était incontestablement une riche idée. Un an après,  c’est le romancier haïtien de « Mer Méditerranée » qui sera couronné à Brive, le 8 novembre.

article de Grégoire Leménager publié su le site nouvelobs.com le 16 10 2019

Il ne s’est pas souvent trompé, mais il n’avait encore jamais été décerné à un écrivain haïtien, ce qui était presque une erreur, de la part d’un prix soucieux de « distinguer chaque année une personnalité du monde littéraire, artistique ou scientifique dont l’œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française ».

Cette erreur-là est réparée. Le Prix de la langue française 2019 vient d’être attribué à Louis-Philippe Dalembert, qui est né en 1962 à Port-au-Prince et dont le premier roman, paru en 1996, portait ce titre indiscutable : « le Crayon du bon Dieu n’a pas de gomme ». On lui doit à la fois des poèmes, des livres écrits en créole, et des romans rédigés en français comme « Avant que les ombres s’effacent » (2017), qui rappelait la noble et généreuse attitude d’Haïti pendant la Seconde Guerre mondiale.

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On aurait tort pour autant de lire Dalembert uniquement comme un écrivain haïtien. « Noires blessures » (2011) raconte comment on devient raciste en se concentrant sur un personnage travaillant dans une ONG en Afrique. « Ballade d’un amour inachevé » (2013) évoque l’Aquila, en Italie, où la terre « s’est mise à giguer dans tous les sens » en avril 2009. Et « Mur Méditerranée », son roman paru cet automne aux éditions Sabine Wespieser, se concentre sur les destinées tragiquement contemporaines de trois femmes venues de Syrie, du Nigéria et d’Erythrée qui risquent leurs vies pour tenter de gagner l’Europe, en passant par la Libye. Dalembert est un écrivain du monde, à qui rien de ce qui est humain n’est étranger.

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